Auteur : Ilse Aichinger
Traducteur : Denis Denjean | Uta Müller et Denis Denjean
Date de saisie : 17/03/2007
Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude
Collection : Der Doppelgänger
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-86432-499-7
GENCOD : 9782864324997
Au plus fort de la Deuxième Guerre mondiale, dans une ville qui ressemble à Vienne, Ellen, une petite fille d'une douzaine d'années, tente d'obtenir un visa pour rejoindre sa mère réfugiée aux Etats-Unis. Autour d'elle, pour survivre, un groupe d'enfants juifs, ses amis, opposent à leur sort tragique un espoir «plus fort que la mort». Un pied dans chaque monde (sa mère et sa grand-mère sont juives, mais son père ne l'est pas), Ellen tente de faire vivre cet espoir des deux côtés, accompagnant ses amis dans leurs jeux et leurs rêves. Vue par les yeux des enfants, la persécution nazie apparaît dans toute son insondable cruauté ; mais Ellen est aussi celle qui, inlassablement, interroge le monde qui l'entoure, et qui, en plein naufrage, réveille les adultes endormis avec ses questions insistantes, jusqu'aux dernières pages du livre où un «plus grand espoir» lui sera révélé. Son voyage halluciné dans l'hiver et la nuit apparaît alors comme une parabole sur la force des faibles et l'impuissance des forts.
Avec ce livre paru en 1948, Ilse Aichinger, née en 1921 à Vienne, a donné à la langue allemande, longtemps avant Le Tambour de Günter Grass, la première fiction qui parlait du scandale des années de guerre. Nourri d'autobiographie savamment distanciée, Un plus grand espoir a rapidement fait figure de classique en Autriche et en Allemagne. Il a valu à son auteur une très grande célébrité, confirmée ensuite par des nouvelles dont la traduction complète paraît simultanément chez Verdier sous le titre Eliza Eliza.
Commander ce livre sur Fnac.com
Le grand espoir
Autour du cap de Bonne Espérance la mer s'assombrissait, les lignes de navigation s'illuminèrent une dernière fois puis s'éteignirent, les couloirs aériens sombrèrent comme une téméraire insolence. Apeurés, les chapelets d'îles se resserrèrent. La mer submergeait tout, méridiens et parallèles. Se moquant du savoir du monde entier, elle se coulait comme une soie lourde contre la terre claire, et ne laissait plus de la pointe sud de l'Afrique qu'un vague souvenir dans le crépuscule. Elle abolissait le bien-fondé des lignes de côte et estompait leurs découpures.
L'obscurité touchait terre et progressait lentement vers le nord. Large et inévitable, telle une longue caravane, elle remontait le désert. Ellen tira en arrière sa casquette de marin et plissa le front. Soudain, elle posa la main sur la Méditerranée, une petite main chaude. Mais il n'y avait plus rien à faire. L'obscurité avait abordé les ports d'Europe.
Des ombres lourdes sombraient à travers les cadres blancs des fenêtres. Dans la cour coulait une fontaine. Quelque part un rire s'éloignait. Une mouche rampait de Douvres à Calais.
Ellen avait froid. Elle arracha la carte du mur et l'étala sur le plancher. Elle plia son ticket de tram et en fit un bateau de papier blanc avec une large voile en son milieu.
Le bateau prit la mer à Hambourg. Le bateau portait des enfants. Des enfants qui, d'une manière ou d'une autre, n'étaient pas en règle. Le bateau était bondé. Il longea la côte ouest et continua à embarquer des enfants. Des enfants avec de longs manteaux et de tout petits sacs à dos, des enfants contraints à la fuite. Aucun d'eux n'avait l'autorisation de rester, aucun d'eux n'avait l'autorisation de partir.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli