Auteur : Salman Rushdie
Traducteur : Claro
Date de saisie : 14/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Pocket. Best, n° 13003
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-266-16320-0
GENCOD : 9782266163200
Sorti le : 15/02/2007
Los Angeles, 1991. Maximilien Ophuls, exambassadeur des États-Unis en Inde, devenu chef de la lutte antiterroriste en Amérique, est égorgé devant le domicile de sa fille illégitime India. Il a été tué par un mystérieux Cachemiri, Shalimar le clown, son chauffeur. Tout semble indiquer un acte politique, mais il s'agit d'un crime passionnel d'une nature très spéciale...
Voici l'histoire d'un amour qui connaît une fin tragique : celle de Maximilien, de son meurtrier et de sa fille - ainsi que de la femme qui unit leurs destins. Une épopée qui s'étend de la Californie à la France, l'Angleterre et surtout, au Cachemire, paradis terrestre peuplé de pêchers et d'abeilles, de femmes aux yeux émeraude et d'hommes assassins : un paradis détruit plutôt que perdu.
«L'une des plus grandes réussites de Rushdie.»
Alexandre Fillon - Lire
Egalement chez Pocket : Les versets sataniques.
A vingt-quatre ans, la fille de l'ambassadeur dormait mal pendant les nuits chaudes et sans surprise. Elle se réveillait souvent et, même quand elle finissait par trouver le sommeil, son corps ne connaissait guère de repos, il s'agitait violemment dans tous les sens comme s'il cherchait à se libérer de terribles et invisibles menottes. Elle poussait parfois des cris apeurés dans une langue qu'elle ignorait. C'est ce que lui avaient confié, gênés, certains hommes. Us étaient peu nombreux à avoir eu le droit d'être là pendant qu'elle dormait. Les détails étaient donc vagues, faute de recoupements suffisants ; toutefois, un indice émergeait. Selon un témoin, elle émettait des sons gutturaux ponctués de mouvements de glotte comme si elle parlait l'arabe. L'arabe des Mille et Une Nuits, songeait-elle, la langue rêvée de Schéhérazade. Un autre témoin décrivait ses vocalises comme relevant de la science-fiction, c'était une sorte de klingon, une voix qui s'éclaircit dans une très lointaine galaxie. Sigourney Weaver captant un démon dans Ghost-busters. Un soir, par curiosité, la fille de l'ambassadeur installa un magnétophone sur sa table de chevet, mais quand elle entendit la voix sur la cassette, une voix laide comme un papillon de nuit, à la fois familière et étrangère, elle eut une peur bleue et appuya sur la touche «effacer», laquelle n'effaça rien d'important. La vérité restait la vérité.
Fort heureusement, ces discours somnambuliques étaient de courte durée. Dès qu'ils cessaient, la fille de l'ambassadeur glissait dans un état d'épuisement, à l'abri du rêve, toute transpirante et haletante. Puis soudain elle se réveillait, en pleine confusion, persuadée qu'il y avait un intrus dans sa chambre. Il n'y avait pas d'intrus. L'intrus était une absence, un espace vide dans l'obscurité. Elle n'avait pas de mère. Sa mère était morte en couches : c'est ce que lui avait dit l'épouse de l'ambassadeur, et ce qu'avait confirmé son père, l'ambassadeur. Sa mère avait été cachemirienne, mais elle appartenait à un monde perdu, comme le paradis, comme le Cachemire, un monde d'avant le souvenir. (Pour elle, Cachemire et paradis étaient synonymes, et aucune des personnes qui la connaissaient ne se permettait de la contredire.)
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