Auteur : Leïla Sebbar
Date de saisie : 15/03/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Témoins
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-078169-0
GENCOD : 9782070781690
C'était leur France
En Algérie, avant l'Indépendance
Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar
Madame la France, França, l'Enfrance, l'Affrance...
Vingt-cinq écrivains, autant de témoins, racontent leur France en Algérie, avant 1962. Le pays natal, le pays de l'enfance. Musulman, juif, chrétien, laïque, tous sont passés par l'école où s'est incarnée la France, familière ou lointaine, éblouissante ou rejetée. Une Algérie plurielle mais divisée.
Un regard d'enfance, curieux, intense, parfois intransigeant. Il dessine une géographie subjective et subtile de la France en Algérie et de l'Algérie elle-même. Une histoire commune, souvent conflictuelle, d'où émerge une république bienveillante et lumineuse, injuste et meurtrière.
Est-ce cette tension qui a favorisé une création littéraire singulière, d'une rive à l'autre ?
Textes de :
Nora Aceval, Christiane Chaulet Achour, Gil Ben Aych, Albert Bensoussan, Maïssa Bey, Alice Cherki, Aziz Chouaki, Hélène Cixous, Jean Daniel, Nabile Farès, Louis Gardel, Jean-Jacques Gonzales, Jean-Jacques Jordi, Mohamed Kacimi, Anne-Marie Langlois, Arezki Metref, Nourredine Saadi, Boualem Sansal, Leïla Sebbar, Morgan Sportès, Benjamin Stora, Habib Tengour, Behja Traversac, Alain Vircondelet, Bernard Zimmermann
Extrait du catalogue : Kouakou Gbahi Kouakou, Le peuple n'aime pas le peuple. La Côte d'Ivoire dans la guerre civile, préface de Stephen Smith.
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Je suis née la veille de la guerre d'Algérie d'une mère arabe et d'un père pied-noir. J'avais six ans à la mort de mon père.
L'occasion de rencontrer des Français de France était rare. Hormis quelques militaires qui encerclaient notre cité. Certains jouaient au ballon avec les garçons et, à l'occasion, nous offraient du chocolat. Parfois, ils nous montraient des photos de leurs parents ou de leur fiancée souriante. Ce qui, pour moi, petite fille, ne correspondait pas aux discours sur «les méchants qui nous voulaient du mal». Décidément, la France, ce pays éloigné, était peuplée d'aimables personnes !
Mes livres d'enfant construisaient petit à petit un pays paternel mythique. Ce fut «ma» France. Bien avant les leçons d'histoire et de géographie, je me souviens d'un conte que je n'ai jamais oublié. La Reine des Neiges. Un traîneau glissant sur la neige, une reine blonde, étincelante dans ses fourrures. Je lisais le récit en français, j'étais en France et la Reine des Neiges incarna, pour moi, enfant, toutes les femmes de France.
Puis, un jour, des mots ont brisé mon rêve. Une histoire racontée par mon père. Selon ma mère, après la Grande Guerre, mon père, jeune soldat s'en revenant du front, attendait un bateau en partance pour l'Algérie. Il n'avait connu la France que parce qu'il avait été mobilisé. Sur le port de Marseille, il rencontra une magnifique blonde très maquillée. Ses cheveux d'or tombaient en cascade sur ses épaules. À ce moment du récit, je me dis que papa avait rencontré la Reine des Neiges.
Il l'invita pour la nuit. La belle se déshabilla, ôta d'abord sa robe et fit glisser doucement ses bas.
Mon père était heureux.
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