Auteur : Thierry Carmes
Date de saisie : 14/03/2007
Genre : Policiers
Editeur : M. Sell éditeurs, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 2-35004-067-4
GENCOD : 9782350040677
Celles et ceux d'entre vous qui ont lu le Chant des Arcanes savent déjà que je voyage beaucoup, et depuis longtemps.
Que voulez-vous, je me suis trop souvent endormi dans les pages de Conrad et de Borgès, de Bouvier et de Coloane, d'Alexandra David-Neel ou des 1001 Nuits. Les jungles du Douanier Rousseau et les photos jaunies ramenées par mes ancêtres - Angkor, Canton ou Borobudur - ont peuplé mes rêves d'enfant et d'adolescent. La Marine Nationale m'a permis d'assouvir, un temps, mes envies rimbaldiennes d'aventure et de fantastique aux Antilles, avant de retourner à la morne routine occidentale.
Tristes moments, loin des tropiques : lorsque les contraintes citadines - ou mon impécunieux mode de vie - m'empêchaient de filer à l'autre bout du monde, j'en étais réduit à des artifices, je m'embarquais pour de longs trajets oniriques en chevauchant les fétiches et les masques du musée de l'Homme ou du musée de la Porte Dorée (où les crocodiles voisinaient avec le mobilier colonial). Mais il ne s'agissait là que de simulacres de tapis volant, et il fallait bien vite que j'aille parcourir pour de bon les déserts minéraux des Andes ou de l'Himalaya, la campagne japonaise ou le bush australien.
Vertige de la survie dans l'immensité du monde. Eclosion, perte de notre carapace de citadin. Le voyageur solitaire n'est prisonnier, pendant ces expéditions lointaines, d'aucun a priori, d'aucune histoire personnelle. Il est libre de ne pas reproduire les structures ou les patterns de son existence préalable, il retrouve une virginité, une innocence, ô combien précieuses de nos jours : il oublie enfin d'être blasé - avoir tout et envie de rien. Il lui appartient bien sûr de rentrer sans effraction, avec respect et précaution, dans l'histoire et la culture des autres, d'être un visiteur, un invité, et non pas un naïf ou un conquérant.
Il en tirera d'ailleurs de substantiels avantages. Tenez, cet hiver, j'ai effectué les dernières corrections sur le manuscrit de la Complainte des Arcanes installé sur une terrasse, au bord du Pacifique. Sur l'une de ces îles posées au bord de gouffres sans fond, dans les grondements des volcans et le frou-frou des chauves-souris, bercé par la douce torpeur du kava, j'ai discuté sorcellerie. J'ai appris des tas de choses sur les pierres magiques, si couramment utilisées par nos amis polynésiens et mélanésiens. Et l'un de mes interlocuteurs, celui-là même qui parlait au volcan par le truchement d'une pierre rouge collée à son oreille -comme d'autres, ailleurs, se fixent une oreillette Bluetooth - a eu la gentillesse de m'offrir quelques objets tout spécialement crées pour moi.
Quand je suis rentré à Paris, je les enterrés dans mes pots de géranium, sur le rebord de la fenêtre. Le 15 mars, quand la Complainte sera disponible en librairie, je dois déterrer les petites figurines qui représentent lecteurs, libraires et critiques, et les exposer une nuit à la lumière de la lune.
Vous me direz ce que vous en avez pensé.
Thierry Carmes
Le Grand Jeu continue, implacable. C'est désormais l'heure de la confrontation entre le Croupier et Matthias... La Complète des Arcanes débute dans la canicule de 2003 pour s'achever à la saison des vendanges, Tempérance oblige. Dans une France à l'agonie, écrasée par la chaleur, angoissée par des mutations profondes, l'Organisation semble avoir trouvé un terrain de jeu propice à ses terribles manoeuvres.
Sept victimes ont été choisies pour incarner les arcanes du savoir (la Justice, l'Ermite, la Roue de Fortune, la Force, le Pendu, XIII, Tempérance). Mais alors que le Croupier exécute ses premiers contrats, avec des états d'âme croissants, de nouveaux acteurs entrent en scène. Dans la discrétion d'étranges propriétés provençales, les meurtres se multiplient, et les Alpilles de Nostradamus comme le Marseille des maîtres cartiers deviennent un sanglant champ de bataille.
De trahisons en coups de théâtre, le plan machiavélique de l'Organisation ne laissera pas indemnes Matthias et ses compagnons. Le petit groupe, ballotté par des forces qui le dépassent, devra payer le prix fort pour rester à la table de jeu.
Né en 1962, ancien consultant en stratégie, voyageur impénitent, passionné par les cultures alternatives découvertes au cours de longs séjours aux Antilles et en Amérique du Sud, Thierry Carmes vit aujourd'hui à Paris. Mais c'est dans le sud de la France, dont il est originaire, qu'il a situé l'intrigue de ce deuxième tome de la trilogie des Arcanes.
«Un thriller exotique réussi [...] mené tambour battant.»
L'Express
«Si vous aimez les thrillers qui débordent d'imagination, ce livre est fait pour vous.»
Marianne
Juillet 2003
Les deux gardes avançaient tant bien que mal dans les herbes hautes. On avait rapporté, la veille, que des paysans avaient brûlé une partie de la zone forestière protégée afin d'étendre de quelques arpents leurs rizières, et le superviseur les avait envoyés sur place. Ils progressaient mollement, inquiets de découvrir à l'issue de leur enquête l'implication d'un parent lointain : ils imaginaient déjà devoir s'endetter davantage pour acheter le silence de l'officier.
La chaleur était étouffante. Les deux hommes marchaient côte à côte, se cherchant régulièrement du coin de l'oeil : chacun s'efforçait de cerner l'autre, de le convaincre en silence qu'il vaudrait peut-être mieux éviter la rédaction d'un rapport administratif et les ennuis qui en découleraient. Les directives venues de Dacca n'avaient guère plus de sens pour les deux forestiers qu'elles n'en avaient pour les villageois : s'il fallait choisir entre quelques sacs de riz supplémentaires et leur maigre salaire versé selon le bon-vouloir du chef et des fonctionnaires de la capitale...
Arrivés à la limite de la zone incendiée, ils s'arrêtèrent d'un accord tacite. Ils en avaient convenu sans mot dire, il était préférable de discuter maintenant, avant de constater l'étendue des dégâts et d'identifier les coupables. L'un sortit de sa besace un thermos de thé, sourit en le tendant à son partenaire.
Les deux hommes n'eurent pas le temps de parler : des cris stridents, gutturaux, exprimant une souffrance terrible, montèrent vers le ciel depuis une clairière voisine. Ils demeurèrent pétrifiés, le poil hérissé. De toute leur vie, ils n'avaient entendu de telles lamentations - les hurlements leur déchiraient le coeur et les tympans. Il y eut des bruits de feuillage, des piétinements d'herbes, des gens approchaient, sortaient de la jungle. Un choeur s'éleva, d'autres voix, comme si des démons unissaient leurs timbres en une mélopée de pure douleur.
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