Auteur : Thomas Hardy
Postface : Claire Tomalin
Traducteur : Marie Canavaggia
Date de saisie : 15/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Corti, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7143-0939-6
GENCOD : 9782714309396
Le Retour au pays natal commence par l'une des plus prodigieuses descriptions de la lande qu'ait produite la littérature anglaise «la vraie matière tragique du livre» pour reprendre l'expression de D.H. Lawrence, grand admirateur de Thomas Hardy. Sur cette lande, un homme entièrement rouge, des pieds à la tête, avance très lentement dans une petite carriole, c'est «l'homme au rouge» qui marque les moutons de sa craie vermillon. Nous voyons à travers ses yeux : tout près, à l'intérieur de cette carriole, une femme dort ; au loin, les paysans ont allumé des feux sur un tumulus, on se rapproche un peu et l'on apprend les nouvelles du pays : Clym Yeobright, parti à Paris, va revenir à Noël ; sa cousine, la douce Thomasine devrait bientôt épouser Wildeve. Un peu plus loin, la très belle et sauvage Eustacia Vye se morfond en attendant son amant...
Le Retour au pays natal, d'abord publié en feuilleton en 1878 dans le magazine Belgravia, a été révisé par Hardy en 1912 lorsqu'il rassembla l'ensemble de ses oeuvres de fiction sous le terme générique de Wessex Novels. Le Wessex est le nom qu'il donne au territoire sur lequel se déroulent tous ses romans et qui comprend six comtés du sud-ouest de l'Angleterre (dont le Dorset). Véritable unité territoriale mi-fictive (il réinvente une toponymie), mi-réelle (on reconnaît aisément les lieux), le Wessex devient un personnage à part entière.
Thomas Hardy (1840-1928), l'un des plus grands écrivains anglais de la période victorienne, a écrit quelques chefs-d'oeuvre célèbres : Tess d'Urberville, Jude l'Obscur, Le Maire de Casterbridge, et, Le Retour au pays natal dont la traduction, par Marie Canavaggia, était épuisée. Nous la reprenons ici, suivie d'une postface de Claire Tomalin, et d'un dossier issue d'une étude d'Yvonne Verdier.
Un visage sur lequel le temps ne laisse que peu de traces
Un samedi après-midi, en novembre, l'heure du crépuscule approchait et la vaste étendue libre et sauvage, connue sous le nom de lande d'Egdon, allait s'assombrissant de minute en minute. Une mince couche de nuages, d'un blanc indécis, cachait le ciel, se déployait comme une tente qui aurait eu la lande entière pour sol.
La ligne de rencontre de deux ainsi voilés par cet écran pâle et d'une terre que couvrait la plus foncée des végétations était très nettement marquée à l'horizon. D'où un effet de contraste tel que la nuit semblait avoir commencé de régner sur la lande avant que son heure astronomique ne fût venue : l'obscurité s'installait sous un ciel où le jour continuait son existence propre. Levant la tête, un coupeur d'ajoncs eût été tenté de poursuivre son travail ; regardant à ses pieds, il eût décidé d'achever son fagot et de regagner son logis. Ainsi, les bords lointains et accolés de la terre et du ciel paraissaient diviser le temps aussi bien que la matière. Par son teint brun, le visage de la lande ajoutait, en effet, aux soirs une demi-heure ; il possédait également le pouvoir de retarder l'aube, d'attrister midi, d'exprimer à l'avance la menace de tempêtes à peine en formation et d'augmenter l'opacité d'un minuit sans lune jusqu'à provoquer le tremblement et l'épouvante.
En vérité, c'était précisément en cet instant transitoire, qui préludait à son abandon aux ténèbres nocturnes, que la région d'Egdon commençait à se révéler dans toute sa grande et particulière gloire, et celui qui ne l'avait pas fréquentée à pareille heure ne pouvait prétendre la comprendre. C'était quand on la distinguait le moins qu'on la pénétrait le mieux. C'était aux crépuscules, puis durant les heures qui se succédaient jusqu'aux aubes, que son charme s'imposait, prenait toute sa signification. Alors, et seulement alors, la lande était vraiment la lande.
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