Auteur : Karl Gadelii | Anne Zribi-Hertz
Date de saisie : 12/03/2007
Genre : Langues
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France
Collection : Sciences du langage
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 2-84292-192-5
GENCOD : 9782842921927
Ce volume réunit neuf études originales sur la morphosyntaxe des langues créoles, précédées d'une introduction générale expliquant la position particulière du champ des études créoles dans la recherche linguistique et exposant les principales théories disponibles de la «créolisation» - le processus de changement linguistique conduisant à l'émergence d'un créole.
Les neuf chapitres qui constituent le corps du livre sont organisés en deux parties, l'une centrée sur la discussion concernant la genèse des créoles, l'autre sur la description et l'analyse de leurs propriétés grammaticales, dans une optique comparative et typologique. Les données empiriques présentées proviennent de créoles divers, mais principalement romans. Un glossaire en fin de volume fournit une terminologie de base propre au champ des études créoles.
Ecrit dans un souci de précision et de simplicité, cet ouvrage s'adresse aux spécialistes des créoles, aux linguistes généralistes, diachroniciens et variationnistes, aux étudiants en sciences du langage, et même au public plus général s'intéressant aux questions linguistiques.
Robert Chaudenson
LE SUBSTRAT DANS LA CRÉOLISATION : MYTHES ET RÉALITÉS
Lorsque, par les hasards du service militaire, je me suis trouvé affecté à la Réunion et que j'ai commencé à m'intéresser au créole local, je supposais, avec le courant de pensée alors dominant, que les créoles étaient des langues «mixtes», résultant du «mélange» de langues européennes et non européennes, donc, en termes un peu plus savants, de l'action d'un substrat non européen dans la transmission d'une langue européenne en situation coloniale. J'étais d'autant plus enclin à adopter un tel point de vue que si, parmi les aires créolophones, un territoire devait se prêter particulièrement à l'illustration de ce point de vue, c'était bien la Réunion, ancienne île Bourbon. En effet, la population servile initiale y avait été essentiellement malgache et une tradition locale forte voyait des traces du malgache dans la plupart des termes créoles ou des toponymes dont l'étymologie semblait non française (Julien, 1902). On y avait en outre la chance, unique je crois, de disposer, avec les écrits d'Etienne de Flacourt (1658), d'une description étendue des moeurs et surtout de la langue du Sud-Est de Madagascar, zone d'origine des esclaves, à l'époque même du début de l'occupation de Bourbon. Pouvait-on rêver de conditions plus favorables à la mise en évidence du substrat d'un créole, alors que cette théorie avait cours depuis trois-quarts de siècle sans qu'on ait jamais été en mesure de la fonder réellement ?
Je me suis donc plongé, plein d'espoir, dans les oeuvres de Flacourt, fort heureusement accessibles aux Archives de la Réunion ; j'ai étudié la grammaire malgache ; j'ai fait plusieurs séjours d'études à Madagascar sur la piste du substrat malgache présumé. Je n'ai pas tardé à constater que, si le lexique réunionnais offrait une bonne centaine de termes dont l'origine malgache ne faisait pas de doute, et si l'on trouvait dans la culture matérielle des traces d'apports malgaches (Chaudenson, 1974, 1992), le système linguistique lui-même n'offrait pas de signes nets d'une influence du malgache, langue malayo-polynésienne dont l'organisation est fort différente de celle du français.
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