Auteur : Christine de Rivoyre
Date de saisie : 14/03/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 14.90 € / 97.74 F
ISBN : 978-2-246-59251-8
GENCOD : 9782246592518
Sorti le : 07/03/2007
" Je me sens à l'abri, au bord de ce bout du monde, la baie du Bengale, j'aime ses rivages, ses longues plages souvent désertes, sa mer.
J'aime aussi les arbres de l'Inde, et j'aime les Indiens, les Indiennes, leurs corps d'une minceur d'insectes, leurs yeux à la fois intenses et placides, mais c'est lui d'abord, avant tout, que j'aime, cet ermite singulier qui sourit comme personne, ce mystérieux, ce sagace, ce violemment doux. " Ce livre est le récit d'une relation d'exception entre Christine de Rivoyre et Archaka dont le nom sanskrit signifie " celui qui invoque la lumière " et qui est l'auteur de Promenade en Inde.
Auteur de quatorze romans, Christine de Rivoyre a obtenu le prix Interallié pour Le Petit Matin et les prix Prince-Pierre-de-Monaco et Paul Morand pour l'ensemble de son oeuvre. Ecologiste convaincue, elle partage son temps entre Paris et les Landes.
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Avec la mémoire intacte d'une trop brève passion, elle parle de lui comme Cocteau de Radiguet : «J'avais tout de suite vu qu'il nous était prêté et qu'il faudrait le rendre.» Elle, c'est Christine de Rivoyre, la fille d'un écuyer du Cadre noir, l'écrivain de «Boy» et de «Belle Alliance», la cavalière des Landes et la disciple de Colette, l'immarcescible Christine qui n'avait plus écrit une ligne depuis qu'il était mort, comme si elle avait perdu en même temps son amour et son inspiration. «Les mots m'avaient fuie et je désespérais...» Lui, c'est Jehan de V., alias Alexandre Kalda, de vingt ans son cadet, éternel jeune homme au visage d'archange, né à Pau en 1942, foudroyé en 1996 à Pondichéry alors qu'il entrait, en avant, calme et droit, dans la mer. C'est le coeur qui a cédé. Le coeur !...
Dans ce livre qui ressemble à une prière, simple, pure et si ardente, Christine de Rivoyre pleure Archaka avec une infinie tendresse, mais parfois, saisie par un souvenir, on dirait qu'elle hurle.
Ce grand enfant, cet homme de cinquante-trois ans qui marche sans hâte mais sans traîner, c'est lui, Archaka. Son allure est comparable à son écriture, pas de rature, pas de faux pas, rythme souple mais tenu, élégant balancement des bras. J'aime tant les chevaux, cela me permet-il de dire que le pas d'Archaka me fait penser à celui d'un cheval calme et droit ? La tête ne fléchit pas, le regard embrasse le paysage qu'il connaît par coeur, celui qui va de Golconde, la haute maison où il lit, écrit, dort, jusqu'à l'atelier où il écrit de nouveau, lit encore, puis peint, médite, écoute de la musique et reçoit ses amis, moi, par exemple quand je vais le rejoindre en Inde, à Pondichéry.
Cela m'est arrivé neuf fois et presque chaque fois j'avais un mal fou à repartir vers la France, je me demandais pourquoi ne pas prolonger. Je me sens à l'abri, au bord de ce bout du monde, la baie du Bengale, j'aime ses rivages, ses longues plages souvent désertes, sa mer dans laquelle j'entre sans le moindre effort, elle me change de l'Océan avec lequel j'ai l'habitude de lutter. J'aime aussi les arbres de l'Inde, banians, frangipaniers, jacarandas, flamboyants, tous sortis de contes de fées, et j'aime les Indiens, les Indiennes, leurs corps d'une minceur d'insecte, leurs yeux à la fois intenses et placides, mais c'est lui d'abord, avant tout, que j'aime, cet ermite singulier qui sourit comme personne, ce mystérieux, ce sagace, ce violemment doux, ce... Arrêtons l'énumération, elle risque de faire de l'ombre à un personnage épris avant tout de clarté. Sur lui comme sur ceux qui l'intéressaient, il portait toujours un jugement qui contenait l'essentiel. Un jour, il m'a écrit :
«Je ne me considère ni comme un apatride, ni comme un fanatique de l'hindouisme vampé par sa culture que j'aime et que j'admire, ni comme une brebis égarée de la société de consommation, ni comme un nostalgique remuant des rêves de paradis perdus - ce qui voudrait dire que je crois au péché originel. Je dis toujours à mes élèves que je suis un martien !»
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