Auteur : Irène Némirovsky
Préface : Patrick Lienhardt | Olivier Philipponat
Date de saisie : 30/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-207-25951-1
GENCOD : 9782207259511
Sorti le : 01/03/2007
Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient.
Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses. Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles.
Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation... Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse.
Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.
D'origine juive ukrainienne, Irène Némirovsky, née en 1903 à Kiev, connaît le succès dès son premier roman, David Golder (1929), puis avec Le Bal (1930). Après l'exode, elle se réfugie dans un village du Morvan avant d'être arrêtée par les gendarmes français puis assassinée à Auschwitz pendant l'été 1942. Son dernier roman, Suite française, a obtenu le prix Renaudot en 2004.
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La catastrophe de 1940 donnait à «Suite française» une envergure incomparable. «Chaleur du sang» n'a pas la même puissance, mais il fourmille de notations cruelles sur la vie des campagnes d'avant guerre. Irène Némirovsky excelle à faire vivre de l'intérieur ce monde noué et corrosif où le confinement tue, avant même les amants avides ou les maris jaloux. Mais ce grand écrivain réaliste sait aussi ouvrir son objectif pour rendre soudain accessible la sensualité des arbres regorgeant de fruits mûrs. Comme si la nature avait seule le droit de s'épanouir, dans ce monde hanté par la peur de manquer, la faute et la mort.
Dans ce dernier récit, la romancière Irène Némirovsky dépeint la province française, où elle a vécu ses derniers mois, avant d'être déportée en 1942...
Chaleur du Sang est encore un des beaux legs d'Irène Némirovsky - ultime roman inédit, dernier miracle d'une oeuvre magistrale, tragiquement interrompue et heureusement redécouverte par le plus grand nombre...
Chaleur du sang porte les motifs némirovskyens de la jeunesse intempérante, brûlante jusqu'à la faute, comme dans Le Bal. Surgissent aussi ses faussaires, comme dans Le Médecin des âmes, des individus dont les méfaits se déroulent indifféremment dans les campagnes françaises ou sur la Côte d'Azur. Mais on retrouve aussi le génie d'Irène Némirovsky - la justesse de son regard qui peut tout embrasser et qui étreint : tamisant les âmes et leurs noirceurs, surtout lorsqu'elles se font passer pour limpides, la romancière transforme le clair en sombre, et l'obscurité en fulgurance.
Mais cette histoire racontée par le vieux Silvio, patriarche d'une famille dans une campagne où l'ennui le dispute à la mesquinerie, où les mariages sont arrangés et les passions tenues au secret, possède tout le charme d'un roman de Mauriac. L'atmosphère, presque poisseuse, est rendue avec une formidable minutie. On retrouve dans ce récit bref et intimiste les éclats du style Némirovsky.
Extrait de la préface :
Les paradis perdus d'Irène Némirovsky
Elle avait quinze ans et ses poèmes féeriques la soustrayaient au grand ennui blanc de Mustamäki, villégiature finlandaise transformée en radeau de la riche société de Saint-Pétersbourg, le temps d'une révolution. Ses parents avaient fui la terreur bolchevique ; elle rêvait - en vers - à la revanche de Blanchette :
Petite chèvre pâturant dans la montagne,
Galya est si heureuse de vivre.
Le loup gris avalera la petite chèvre
Mais Galya, elle, avalerait toute une armée...
Le 6 décembre 1937, presque vingt ans après, Irène Némirovsky rouvre l'étroit calepin noir, témoin de ses premiers efforts littéraires. Elle y retrouve ce quatrain et se commente avec tendresse : «Si jamais vous lisez ceci, mes filles, que vous me trouverez bête ! Que je me trouve bête moi-même à cet âge heureux ! Mais il faut respecter son passé. Je ne déchire donc rien.» Quelques mots à l'encre noire pour sceller ses retrouvailles avec l'adolescente qui n'était alors plus tout à fait russe, ni déjà française, ni consciemment juive.
Elle ne déchire donc rien et se met aussitôt en quête de sujets neufs, soigneusement numérotés de 1 à 27. Déjà en 1934, peu après la mort de son père, une prospection dans les vestiges de son enfance lui avait fourni la matière de trois romans et quelques nouvelles, tous esquissés pêle-mêle dans un manuscrit proliférant, mi-brouillon mi-journal, baptisé «le Monstre». Quatre ans plus tard, ce fabuleux animal est exsangue. De ses flancs sont nés «Les Fumées du vin '», Le Vin de solitude, Jézabel et même Deux, qui sera publié en 1938. La pleine maturité de son oeuvre.
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