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Echolalies : essai sur l'oubli des langues

Couverture du livre Echolalies : essai sur l'oubli des langues

Auteur : Daniel Heller-Roazen

Traducteur : Justine Landau

Date de saisie : 13/03/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : La librairie du XXIe siècle

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-02-085924-0

GENCOD : 9782020859240

Sorti le : 18/01/2007


  • La présentation de l'éditeur

Répétition automatique de mots prononcés par autrui : c'est ainsi que les scientifiques ont défini, depuis le dix-neuvième siècle, le phénomène exceptionnel que l'on nomme écholalie, dont l'étude relève, dit-on, de la psychologie.
Sans se borner à cette acception médicale, Daniel Heller-Roazen donne à l'écholalie un sens inédit, qui la mène jusqu'à ce seuil où elle se confond avec le concept même de langage. Dans de courts chapitres, qui tiennent à la fois de la fable et de l'essai, une seule thèse s'énonce : chaque langue est l'écho d'une autre, dont elle ne cesse de porter témoignage. Plus radicalement, chaque langue est l'écho de ce babil enfantin dont l'effacement a permis la parole.
La démonstration se fait ici à l'aide de textes divers : y participent tour à tour la mythologie, la psychanalyse, la théologie, la littérature et la linguistique. D'Ovide et de Dante à Edgar Allan Poe et à Elias Canetti, des idiomes sacrés du judaïsme et de l'islam aux dialectes en voie de disparition, de la langue maternelle des poètes aux parlers rêvés des savants, les vingt-et-une " écholalies " qui composent cet ouvrage tracent un parcours singulier.
Un livre qui invite à réfléchir sur la nature de cet animal oublieux qu'est l'homme, dont les langues lui sont continûment dérobées par le temps.

Professeur à l'université de Princeton, Daniel Heller-Roazen enseigne la littérature comparée.



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  • La revue de presse Natalie Levisalles - Libération du 8 mars 2007

Les mots et les langues peuvent être appris. Il arrive aussi que les mots, les langues, le langage même, soient oubliés, ou abandonnés, par les hommes et par les peuples. Ces oublis et ces disparitions, Daniel Heller-Roazen, qui enseigne la littérature comparée à Princeton, s'y intéresse dans vingt et un courts essais qui font appel à la linguistique et à la philosophie, à la psychanalyse et à la neurologie. A partir d'intuitions parfois lumineuses, il explore la littérature arabe et les écrits de Freud sur l'aphasie, la naissance du français et la renaissance de l'hébreu, le babil enfantin et la tour de Babel...
Daniel Heller-Roazen consacre plusieurs chapitres à la vie et à la mort des langues, et aux rapports qu'elles entretiennent...
Dans le dernier chapitre, «Babel» bien sûr, il s'interroge sur le sens, indécidable, du mythe Pourquoi la tour a-t-elle été construite ? Quel a été le châtiment des bâtisseurs ?



  • Le message de l'auteur

Justine Landau - 30/03/2007



  • Le bouche à oreille des écrivains

Jacques Rancière - 15/03/2007



  • Les premières lignes

Au sommet du babil

Au début les enfants - chacun le sait - ne parlent pas. Ils font des bruits, qui semblent tout à la fois anticiper les sons des langues humaines et s'en distinguer radicalement. Au moment de former leurs premiers mots reconnaissables, les nourrissons disposent de capacités d'articulation avec lesquelles même le plus doué des adultes polyglottes ne saurait rivaliser. C'est sans doute pour cette raison que Roman Jakobson s'est penché sur le babil des nourrissons, au même titre, notamment, que sur le futurisme russe, la métrique comparative slave et la phonologie structurale. Dans «Langage enfantin, aphasie et lois générales de la structure phonique», rédigé en allemand entre 1939 et 1941 durant son exil en Norvège et en Suède, Jakobson observe qu'«un enfant est capable d'articuler dans son babil une somme de sons qu'on ne trouve jamais réunis à la fois dans une seule langue, ni même dans une famille de langues : des consonnes aux points d'articulation les plus variables, des mouillées, des arrondies, des sifflantes, des affriquées, des clicks, des voyelles complexes, des diphtongues, etc.». S'appuyant sur les recherches de psychologues formés à la linguistique, Jakobson se voit forcé de constater un fait singulier : au «sommet du babil» (die Blute des Lallens), on ne saurait poser aucune limite aux pouvoirs phoniques de l'enfant qui gazouille. En matière d'articulation, affirme-t-il, le nourrisson est capable de tout; il peut produire, sans le moindre effort, n'importe quel son, sans exception, de n'importe quelle langue humaine.
On pourrait dès lors penser qu'avec de telles capacités d'articulation l'acquisition d'une langue particulière soit une tâche aisée et rapide pour l'enfant. Il n'en est rien. Non seulement la transition entre le babil du nourrisson et les premiers mots de l'enfant ne va pas de soi, mais il apparaît de plus qu'une interruption décisive se produit alors, comme un tournant où les capacités phonétiques encore illimitées de l'enfant semblent vaciller. «Les observateurs constatent alors qu'à leur grande surprise l'enfant perd pratiquement toutes ses facultés d'émettre des sons lorsqu'il passe du stade prélinguistique à l'acquisition de ses premiers mots, première étape à proprement parler linguistique.»


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