Auteur : Christian Oster
Date de saisie : 19/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 13.80 € / 90.52 F
ISBN : 978-2-7073-1979-1
GENCOD : 9782707319791
Sorti le : 08/03/2007
J'étais en route vers la côte landaise, où je devais aider des amis à désensabler leur maison.
Plus tard, je m'installerais à Bordeaux, c'était décidé. En attendant, j'avais l'intention de vivre un peu, juste assez pour que ça me laisse des souvenirs. Il y avait peu de chances, toutefois, que quelque chose m'arrive sur la dune déserte, entre deux pelletées. Puis, à l'hôtel, j'ai rencontré Charles Dugain-Liedgester, qui ne dormait plus avec sa femme et qui lisait tard le soir.
Chaque romancier est le porteur, le héraut d'une question, qu'il module, affine, infléchit dans la suite de ses livres, avec plus ou moins de bonheur. Parfois, il tâtonne, mais la question demeure. Celle que Christian Oster se pose - et nous pose -, dans la douzaine de romans qu'il a publiés depuis 1989, est obsédante, sans solution. Elle pourrait se formuler ainsi : comment raconter une histoire vraisemblable à l'aide d'un langage qui, au lieu de témoigner de la réalité, nous la dérobe sans cesse, nous en éloigne par mille complications et chemins ?...
Christian Oster a cet art singulier, hérité du Nouveau Roman, de conférer à la banalité et aux détails infimes de la vie une profondeur vertigineuse. Le soin maniaque qu'il met à examiner chaque potentialité du langage a pour effet de dérober sans cesse le sol sous nos pieds - là où l'on devrait marcher en terrain connu. Chez lui, le rire et la loufoquerie ne sont jamais de sûrs appuis mais des agents amplificateurs d'une abyssale perplexité : celle qui nous saisit au moindre examen un peu attentif de la réalité.
«Sur la dune», son nouveau roman, est un régal de burlesque mélancolique. Et qui ne s'enlise jamais...
Les dunes. C'était un sujet pour lui. La vie racontée par Oster, depuis maintenant douze romans, est un spectacle brownien. Des êtres s'y croisent, s'y éboulent en douceur, font le dos rond et quand ils vont voir plus loin, c'est sous la seule action dynamique de l'aléa. Les couples n'y paraissent qu'ensablés...
«Sur la dune» est un ballet dédié à la frustration, au manque, à la solitude. Et Oster est bien le maître de l'aléa, le suspense des temps modernes.
Souvent, les héros des romans de Christian Oster empruntent la nationale 10. Parfois, ils s'appellent Paul. Et pas que la nationale, ils empruntent des voitures, des maisons, des femmes, des vies, les héros de Christian Oster sont des coucous, ils s'approchent poliment de la vie des autres, ils pensent qu'elle vaut bien la leur (dont, en général, ils ne pensent pas grand-chose, sinon s'en éloigner), elles les rassurent, ces vies des autres, puisque, jusque-là, elles ont tenu, sans qu'ils aient eu à s'en mêler, eux, les héros. Le coucou s'installe dans le nid des autres, la femelle pond ses oeufs dans celui des bruants, des bergeronnettes, des fauvettes...
Non, ce qu'il faudrait dire et que ce qui précède ne dit pas, c'est la façon dont l'écriture de Christian Oster vous embobine, vous enroule dans des précisions tellement inutiles que, sans elles, il n'y aurait plus rien, tellement saugrenues qu'elles vous ressemblent, que tous ces Paul sont des tergiversateurs d'élite, des ergoteurs de première classe, et des biaiseurs qui ne pensent qu'à ça.
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