Auteur : Tawni O'Dell
Traducteur : Bernard Cohen
Date de saisie : 03/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 2-7144-4292-7
GENCOD : 9782714442925
La confirmation d'un auteur exceptionnel, dans la tradition des grands naturalistes américains, de Russell Banks à Richard Russo. Un roman violent et tendre, la description sans concession mais toujours chaleureuse de la vie dans une cité minière en perdition, autour d'une héroïne inoubliable.
Energique et grande gueule, Shae-Lynn, quarante ans, a rangé au placard son uniforme de flic pour devenir chauffeur de taxi à Jolly Mount, sa ville natale. Pendant des années, Shae-Lynn s'est débattue pour échapper à la violence de son père, au cynisme de Cam Jack, le propriétaire de la mine, et pour élever seule son fils Clay. Elle a choisi d'oublier enfin E. J., celui qu'elle aime en secret, et de tourner le dos à son passé.
C'est alors que sa petite soeur, Shannon, qu'elle croyait morte depuis longtemps, fait sa réapparition. Terrifiée, sur le point d'accoucher, celle-ci est suivie de près par un avocat new-yorkais pressé, une femme au foyer désespérée et un mafieux russe plutôt prévenant.
Où était passée Shannon ? Que lui veulent ces gens ?
Pour venir en aide à sa soeur, Shae-Lynn va devoir replonger dans le passé familial, des secrets qu'elle pensait soigneusement enfouis...
Traduit de l'américain par Bernard Cohen.
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Comme Voyage au bout de l'enfer, en effet, Le ciel n'attend pas plonge le lecteur dans le monde ouvrier (ici des mineurs, là des métallurgistes), et renoue avec le ton des fresques sociales chères à John Steinbeck - l'un des modèles de Miss O'Dell -, et qu'on avait rarement retrouvé depuis...
On sent son attachement pour les mineurs, dont elle parle sans misérabilisme, avec énormément de respect pour leur courage, leur sens de la solidarité, leur amour de leur métier. Le ciel n'attend pas est à la fois l'histoire au quotidien d'une communauté ouvrière, et celle d'une famille et de ses secrets. Les aventures de Shannon donnent lieu à quelques passages savoureux (elle est poursuivie par un malfrat russe, par une inénarrable bourgeoise du Connecticut, et par un avocat véreux), mais le meilleur du livre réside dans les scènes consacrées aux rescapés de la mine, à la vie de tous les jours de héros anonymes, à leur indéfectible dignité. L'Amérique de Tawni O'Dell a rarement les honneurs de la littérature. Une bonne raison pour aller à sa rencontre.
Passer à côté du dernier livre de Tawni O'Dell revient à se priver d'un plaisir rare : celui de voir émerger un grand écrivain...
«Le ciel n'attend pas» est un livre généreux mais âpre. Il aborde des thèmes qui dérangent, comme le trafic d'enfants aux Etats-Unis. Mais, plus que dans ses précédents livres, Tawni O'Dell y laisse une place à l'espoir et ouvre une large porte de sortie à ses personnages.
Dans l'âpreté des paysages, Tawni O'Dell raconte ces vies fracassées où la tendresse et l'amour se montrent à coups de pied au cul et d'insultes. Elle dit la misère sociale, les enfances détruites par les violences quotidiennes, ces existences où l'on parle peu et où l'on ne se laisse jamais aller aux larmes...
Mais ce que questionne avant tout Tawni O'Dell est bien la notion de place. D'origine. De passé auquel, un jour, tous ses personnages doivent faire face. Autant de thèmes qui rapprochent Tawni O'Dell des grands auteurs américains naturalistes, Russell Banks et Richard Russo. Empruntant la forme du roman social mâtiné de thriller, Tawni O'Dell taille des portraits comme personne et donne à voir la dureté de sa terre natale, pour laquelle elle garde pourtant une affection profonde.
Nous sommes à Jolly Mount, une ville qui vient d'être endeuillée par un tragique éboulement souterrain. C'est là que vit la narratrice, Shae-Lynn, ex-policière qui conduit maintenant un taxi mais qui continue à jouer les Mère Courage pour défendre les humbles de la bourgade - à coups de poing s'il le faut...
Aux confidences croisées de Shae-Lynn et de Shannon, Tawni O'Dell ajoute des pages terribles sur le trafic des enfants aux Etats-Unis et sur les drames des «gueules noires» ensevelies dans l'enfer des houillères. Un roman superbe, dans la grande tradition du naturalisme à l'américaine, façon Russell Banks.
Je conduis un taxi dans une ville où personne n'en a les moyens mais où plein de gens en ont besoin. J'ai été payée avec des gratins, du gloss, des conseils pour la plomberie, des bières, des prières pour le salut de mon âme et des promesses de venir tondre ma pelouse, mais on ne m'avait encore jamais proposé un être vivant en échange de mes services.
C'est une fille de onze ou douze ans mais qui a adopté, avec une vingtaine d'années d'avance, l'attitude désabusée et autodestructrice d'une femme ayant survécu à une litanie de rencontres malheureuses, de régimes abandonnés en cours de route et de flirts successifs avec la bouteille, ainsi qu'à la découverte que la vie n'est qu'un amas d'expériences douloureusement absurdes qui occupent le temps entre deux épisodes de son feuilleton télévisé favori.
Sa tenue semble avoir été choisie par un pédophile affligé d'un penchant pour les petites péquenaudes, mais c'est sa mère qui a dû la lui acheter, à tous les coups : un short ultramoulant en jean à bordure de dentelle, des chaussures à plate-forme en plastique transparent incrusté de paillettes argentées, un haut en bandana rouge qui laisse à découvert son ventre décoré d'une licorne, un tatouage que j'espère non permanent.
Elle veut que je l'emmène de Jolly Mount au centre commercial et offre son frère âgé de quatre ans pour s'acquitter du prix de la course.
- Je ne fais pas ce boulot que pour garder la ligne, tu vois ?
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