Auteur : Claude Pujade-Renaud
Date de saisie : 14/10/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Domaine français
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7427-5140-2
GENCOD : 9782742751402
Vestales vouées au culte de leur défunt mari, elles connaissent pourtant l'opprobre des biographes. Car, à trop vouloir entretenir la légende de leurs grands hommes, ces veuves d'écrivains ont parfois édulcoré leurs écrits pour étouffer leurs petits secrets. Elles méritaient bien, ces gardiennes du temple, une discrète réhabilitation. A Athénaïs, la jeune veuve de Michelet, revint la charge d'éditer l'oeuvre complète. Pas moins de 40 volumes ! La pâle et fragile Athénaïs, la femme-enfant qu'il appelait «la jolie morte», vivra désormais un deuil sans trêve. Son existence se répartit entre l'édition de la correspondance du maître, la réception des admirateurs et des multiples exégètes, et les diverses cérémonies à sa mémoire. Tout cela n'empêchera pas que l'on décerne à Athénaïs l'épithète de veuve abusive.
L'essai de Claude Pujade-Renaud rend hommage à des personnages de l'ombre. Il n'a pas pour vocation d'ériger un monument à d'«admirables sacrifiées» mais de proposer un angle peu classique dans l'approche de la mythologie littéraire. La romancière compose donc cinq portraits de femmes qui ont pour seul point commun d'avoir partagé la vie d'un homme célèbre...
Elles sont cinq veuves d'écrivains célèbres : Athénaïs Michelet, femme de Jules ; Fanny Stevenson, épouse de Robert Louis ; Marguerite Moreno, compagne de Marcel Schwob ; Marinette Renard, épouse de Jules ; et Charmian London, de Jack. Cinq femmes qui, à l'ombre de leur génial compagnon, ont vécu une forme de purgatoire. Les maîtres avaient leurs exigences, leurs désirs, leurs lubies, leurs maladies. Et puis, un jour, la vie les a quittés. Restait leur oeuvre à conserver, relire, éditer, trier... On a souvent dit qu'elles furent des veuves abusives,... des femmes avides qui tranchaient volontiers dans les correspondances compromettantes et dans les pages des journaux intimes, pour elles trop audacieux.
Claude Pujade-Renaud, qui, comme ces cinq femmes, a perdu récemment son compagnon écrivain, Daniel Zimmermann, se glisse avec aisance et finesse dans la peau de chacune d'elles. Loin des calomnies, ragots et autres commentaires désobligeants qui ont accompagné la vie de ces femmes, elle tente de comprendre ce que chacune d'elle a vécu... Chacune des veuves écrit et parle à la première personne. Mais leurs voix convergent souvent... Auraient-ils écrit les mêmes choses, auraient-ils été si grands sans leur présence à leur côté ?
Questions terribles et angoissantes, bien sûr, auxquelles, trop lucide, Claude Pujade-Renaud ne tente pas de répondre. Il en est de l'alchimie de l'écriture comme de celle de l'amour : un brin de génie, deux doigts de hasard et beaucoup de mystère.
Faire parler les morts n'appartient plus au domaine de l'imposture quand il s'agit d'une oeuvre de fiction comme celle de Mme Claude Pujade-Renaud, qui s'est mise dans la peau de cinq veuves d'écrivains du XIXe siècle. Celle qui fut l'épouse de Daniel Zimmermann sait de quoi elle parle quand elle énumère les joies et les souffrances vécues par les compagnes d'homme de lettres, qui doivent s'incliner devant la passion dévorante de leur mari sous peine de les perdre de leur vivant. Et chacune rêve ou a rêvé d'empêcher l'autre d'écrire, et ensuite, croit qu'elle a hérité de son talent... Sans scrupules, Madame Jules Renard expurgea le Journal de son mari de nombreux passages où elle était épinglée pour l'éternité. Incapable de tenir un stylo, elle a pris les ciseaux, ne supportant pas que son diariste d'époux ait transformé sa légendaire misogynie en littérature de haut lignage. La muse ne supportait pas non plus que les enfants meurent alors que les livres ne sont qu'oubliés. Pour se venger, elle sabota certaines rancunes du solitaire.... Mme Claude Pujade-Renaud est très à l'aise dans son numéro de prestidigitation où elle passe d'une épouse à l'autre en utilisant cinq «je» totalement autonomes avec, à chaque fois, une voix originale... Mme Pujade-Renaud communique le plaisir qu'elle a eu à écrire ce livre, avec un constant souci de maintenir en éveil l'attention de son lecteur.
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