Auteur : Francis Mer
Date de saisie : 09/03/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 2-226-17600-4
GENCOD : 9782226176004
«Chers candidats,
Depuis quelques mois, je vous écoute et je vous lis. Vous exposez vos projets, vous êtes à l'écoute de vos électeurs. Mais jamais vous ne parlez de la manière dont vous allez décider, réformer, arbitrer, en un mot gouverner. Pourtant, un programme n'est rien sans l'art de la mise en oeuvre.
J'ai écrit ce livre pour vous aider à parler vrai. Chacun de vous se présente, par exemple, comme le "candidat du pouvoir d'achat". Mais vous savez, ou devriez savoir, que le pouvoir d'achat dépend de la croissance, qui elle-même ne se décrète pas. Je ne prends pas position sur vos choix et vos options. Je veux simplement vous convaincre que, sans quelques réformes élémentaires, mais aussi de petites révolutions dans des secteurs aussi vitaux que l'éducation et la recherche, toutes les belles paroles resteront sans lendemain. Nous en porterions tous la responsabilité.»
Francis Mer
Polytechnicien et ingénieur du corps des Mines, Francis Mer a présidé le groupe Usinor, devenu Sacilor, pendant quinze ans. Ministre de l'Économie et des Finances sous le gouvernement Raffarin de 2002 à 2004, il est actuellement président du Conseil de surveillance de Safran.
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Extrait de l'introduction :
L'élection présidentielle est, en France, un moment très particulier, qui n'a pas d'équivalent dans les grandes démocraties occidentales. Même aux États-Unis, où cet événement mobilise l'attention du monde entier, les citoyens n'élisent leur chef suprême que de manière indirecte. Cette absence de lien direct amoindrit la rencontre entre un homme - ou une femme ! - et un pays telle qu'elle se produit chez nous. Le président de la République devient l'élu de la Nation tout entière. Il dispose de cinq ans pour mettre en oeuvre son projet pour le pays, à travers l'action de l'État, garant de l'intérêt collectif. Encore faut-il que ce projet existe ! L'atonie de la vie politique, en France, tient en grande partie à ce penchant pour la ligne de plus grande pente. «Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent», s'amusait il y a déjà quelques décennies Edgar Faure, un orfèvre en la matière.
S'ils ont l'ambition de servir leur pays, les candidats doivent se désintéresser du vent pour sortir le pays de l'immobilisme dans lequel il est en train de s'assoupir et de perdre son identité. Une tâche ardue. Car pour défendre les valeurs qui sont les nôtres - une démocratie dans laquelle l'économie de marché est tempérée par le rôle régulateur et protecteur de l'État -, il est nécessaire de bien gérer afin de dégager les marges de manoeuvre indispensables à l'action. Une évidence ? Pas vraiment. Car beaucoup de Français, marqués par notre histoire, vivent mal le retrait, même partiel, de l'État de la sphère économique et sociale. Ils n'acceptent pas que le marché puisse être le principe directeur de la conduite d'un pays. Dans le même temps, les leviers dont dispose l'État sont fragilisés par la révolution libérale qui met en avant l'individu, son travail, sa responsabilité et son mérite, alors que l'outil collectif vise à déployer une certaine solidarité, une redistribution sociale au profit des plus faibles et une égalité trop souvent confondue avec l'égalitarisme. Cette demande très française de sécurité économique, sociale ou familiale, doit être entendue mais réorientée autour des priorités absolues que sont l'éducation, la recherche et le retour au plein emploi.
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