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Ce que les hommes appellent amour : mémorial de Aires

Couverture du livre Ce que les hommes appellent amour : mémorial de Aires

Auteur : Machado de Assis

Traducteur : Jean-Paul Bruyas

Date de saisie : 02/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Suites, n° 130

Prix : 9.00 € / 59.04 F

ISBN : 978-2-86424-609-1

GENCOD : 9782864246091

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  • La présentation de l'éditeur

Ce journal du conseiller Aires est fait de petites touches ironiques sur le vieillissement, l'amour, l'ambiguïté des senti­ments, l'abolition de l'esclavage ; des personnages forts le tra­versent, les descriptions peuvent paraître idylliques mais, comme toujours chez Machado, quelque chose grince.

«Derrière Garcia Marquez il y a Borges, et derrière Borges, source et origine de tout, Machado de Assis.»
Salman Rushdie

«Le journal intime d'un diplomate revenu à Rio après trente années de service en Europe, [... à] une période importante où l'esclavage est enfin aboli au Brésil. L'événement est présent en filigrane dans le roman. Il marque la fin d'un monde, tout comme l'intrigue est le signe extérieur d'une autre fin, celle des affections humaines et du temps des passions.»
P. Kéchichian, Le Monde





  • Les premières lignes

1888

9 janvier

Eh bien, voilà donc aujourd'hui un an que je suis rentré d'Europe. Ce qui m'a remis en mémoire cette date, pendant que je prenais mon café, c'est le cri d'un vendeur de balais et de plumeaux : "À mes balais ! À mes plumeaux !" Les autres matins aussi je l'entends, mais cette fois il m'a rappelé le jour où j'ai débarqué, le jour où j'ai retrouvé mon pays, mon quartier du Catete, la langue qui est la mienne. Le même cri, oui, qu'il y a un an, en 1887, et peut-être lancé par la même bouche.
Au cours des mes trente et quelques années de service diplomatique, j'étais bien revenu quelquefois au Brésil, en congé. Mais tout le reste du temps - ce qui n'est pas peu -j'avais vécu à l'étranger. Si bien que j'ai d'abord craint de ne pas me réhabituer à la vie d'ici. Et puis cela s'est fait. Bien sûr, je garde le souvenir de gens et de choses qui maintenant sont loin, divertissements, paysages, usages, mais je ne me consume de nostalgie pour rien. C'est ici que j'ai ma place, ici que je vis, ici que je mourrai.

Cinq heures de l'après-midi

Je viens de recevoir un billet de ma soeur Rita : je le joins à ce cahier :

9 janvier

Mon frère,
Je viens seulement de me rappeler qu'il y a juste un an tu rentrais d'Europe, ta retraite prise. Il est trop tard pour aller au cimetière de Saint-Jean-Baptiste sur la tombe de notre famille, en action de grâces pour ton retour; j'irai demain ; je te demande de m'attendre et de m'accompagner. Il me tarde de te revoir.

Ta vieille soeur, Rita

Voilà qui ne s'impose guère, à mon avis, mais j'ai répondu oui.


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