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Des gens heureux

Couverture du livre Des gens heureux

Auteur : Luiz Ruffato

Traducteur : Jacques Thiériot Jacques Thiériot

Date de saisie : 02/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque brésilienne

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-86424-608-4

GENCOD : 9782864246084


  • La présentation de l'éditeur

Une petite communauté italienne de l'intérieur du Minas Gérais : un père vindicatif et violent suit la lente désagrégation de sa famille; le remords et la maladie rongent une femme; une mère et un fils règlent leurs comptes avec le passé; un homme se sent coupable d'un crime qu'il n'est pas sûr d'avoir commis ; un autre disparaît sans laisser de traces; un professeur garde un terrible secret...

Luiz Ruffato nous propose par la structure même de sa narration des portraits minutieux d'une société à l'agonie. Ils nous font regarder sous toute une variété d'angles les comportements et la complexité des relations. Les protagonistes fonctionnent en une ronde de connexions et de vies. Le lecteur peut tenter d'y retrouver les liens familiaux, les fils conducteurs, mais il peut aussi se laisser emporter dans ce panorama social intense et cruel par le texte lui-même et les innovations narratives qu'y propose l'auteur. Celui-ci recherche en effet sa structure plus dans le vocabulaire de la création plastique que dans la tradition littéraire.

Luiz Ruffato est né en 1961 dans le Minas Gérais. Il a publié des poèmes et des nouvelles. Son premier roman, Tant et tant de chevaux, a été accueilli par la presse littéraire brésilienne comme un grand livre novateur dans le panorama de la fiction contemporaine brésilienne.

«Sans doute un de nos plus grands chocs de lecture de ces dernières semaines. Tant et tant de chevaux, du brésilien Luiz Ruffato, est une bousculade de micro-récits, de monologues brûlants, d'éclats de vie et de souffrance.»
Michel Abescat, Télérama

«[...] toutes les formes littéraires sont utilisées pour raconter une journée dans la vie de cette cité totalement folle. [...] Et ce qui pouvait apparaître comme un procédé artificiel se révèle idéal pour restituer cette cacophonie, celle de la douleur.»
Christine Gomariz, Paris Match

«En une poignée de lignes ou en quelques feuillets, Luiz Ruffato fore les strates de l'identité brésilienne.»
Clémence Boulouque, Figaro littéraire
«Tant et tant de chevaux : un carnaval de haillons, du Dickens chanté par Chico Buarque.»
André Clavel, Lire

«En soixante-neuf fragments et demi, Ruffato passe d'un foyer à l'autre, perquisitionne les familles, couples, mères célibataires, bandes organisées de délinquants pour livrer une belle photographie sociale. Résultat, un kaléidoscope ultrasyncopé, qui bat au rythme de la plus grande ville d'Amérique Latine.»
Fabien Jacob, Zurban

«Luiz Ruffato [...] décortique le corps en crise de cette mégalopole épileptique. Il découpe, il taille, il ressasse, il se porte, par l'écriture au plus près du chaos : ici, pas de récit linéaire, mais un patchwork de voix qui sonnent si juste. Une symphonie éclatée, cacophonique et désespérée.»
Jacques Lindecker, L'Alsace

«Tant et tant de chevaux emporte, secoue et obsède»
Claudine Galéa, La Marseillaise



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  • Les premières lignes

André, P'tit André, Andriot, un accouchement difficile, jusqu'à son dernier souffle la "tante" Maria Zoccoli de s'en rappeler en avait des suées : de ceux qui étaient arrivés par ses mains et s'étaient imposés, le pire, né par le siège, et pourtant quelle souffrance lui causaient tous ces inadvenus !, des avortons horribles, monstres, stropias, angelots qui ensemençaient le terrain, celui des bananiers, de derrière les bâtisses des petites fazendas aux confins de Rodeiro, ah, elle ne les comptait plus ! Andriot, lui, avait forci, au point d'épuiser à jamais la vieille Micheletta, femme éphémère, exsangue, bleue à force de pâleur, toujours sur sa couche, malade chaque année, "prise", à voir s'enfuir sa jeunesse par le bas, vingt ans de grossesses, une torpeur, treize rejetons - dont huit petites femelles -, les "Cotonniers", dans la bouche venimeuse des gens de la Rua, montés en graine, cheveux coton tout blonds, joues rubicondes étoffant des robes à pois, des visages rouge piment remplissant des caleçons. Pratique, le Père, le vieux Micheletto, avait l'habitude de nourrir les bébés : au bout de six-sept mois, si le diablotin continuait de brailler à l'heure du biberon, il sellait son cheval un vendredi et, complet-cravate, il allait à la Rua faire enregistrer le nouveau Micheletto, des noms jouant dans sa tête. Devant le notaire, à la question, "Comment va-t-il s'appeler ?", ahuri, pour ne pas avoir l'air d'un malavisé, il balançait le premier parent venu et lui rendait hommage, soulagé. Le dimanche sur le tantôt, il dépliait son mètre quatre-vingts dans la cour, il ébaudissait les enfants, les mains pleines de bonbons, et les chiens, et il allait se coucher, sillonnant le sommeil oublié dans les chambres de ces dames de la rue du Quiabo. Pour tant et tant de noms, tant et tant de visages, si faible sa comprenette, qu'il renonça à singulariser la physionomie de chacun de ces petits animaux qui habitaient les couloirs de la maison. Si besoin était, il ordonnait : "Mon garçon, comme ci", "Ma fille, comme ça", et il cadenassait ses affections, vouées plus à ses bêtes et à sa glèbe qu'à ses rejetons, car les unes donnent bien du tintouin mais des joies, les autres que des déceptions.


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