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Gilles Deleuze : la clameur de l'être

Couverture du livre Gilles Deleuze : la clameur de l'être

Auteur : Alain Badiou

Date de saisie : 01/03/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Hachette Littératures, Paris, France

Collection : Pluriel

Prix : 6.50 € / 42.64 F

ISBN : 978-2-01-279331-6

GENCOD : 9782012793316

Sorti le : 07/02/2007


  • La présentation de l'éditeur

Alain Badiou a enseigné la philosophie à l'Université de Paris-VIII et à L'ENS. Il a notamment publié L'Être et l'événement (Le Seuil, 1982) et, en «Pluriel», Beckett (2006).

Parcourant les principaux concepts de philosophie de Deleuze, la multiplicité, l'anti-dialectique, la répétition, le ou encore le pli, l'auteur croit discerner un malentendu fondamental à l'oeuvre dans la réception de Deleuze. En effet, celui-ci n'est pas à ses yeux un philosophe de la mobilité et du multiple, mais au contraire un penseur de l'Un et de l'Être. C'est cette thèse paradoxale qui se trouve soutenue dans cet essai suivi d'un choix de textes de Deleuze.



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  • Les premières lignes

De si loin ! De si près !

C'est une histoire étrange que celle de mon non-rapport à Gilles Deleuze.
Il était mon aîné, pour d'autres raisons que l'âge. Quand j'étais élève à l'Ecole normale supérieure, il y a quarante ans, nous savions déjà qu'on pouvait écouter à la Sorbonne des cours étonnants, tant sur Hume que, par exemple, sur la Nouvelle Héloïse, des cours singulièrement hétérogènes à tout ce qui s'y récitait par ailleurs. Les cours de Deleuze. Je m'en fis passer les notes, je me fis raconter le ton, le style, l'étonnante présence corporelle qui soutenait l'invention des concepts. Mais - déjà ! - je n'y fus pas, je ne le vis pas.
Au début des années soixante, je le lisais, sans que mes tâtonnements, entre mon adolescence sartrienne et ma fréquentation d'Althusser, de Lacan, de la logique mathématique, y trouvent encore ni un appui majeur ni un adversaire identifiable. Plus singulier, plus beau, qu'utile à mes errances. Ses références canoniques (les stoïciens, Hume, Nietzsche, Bergson...) étaient à l'opposé des miennes (Platon, Hegel, Husserl). Même en mathématiques, dont je reconnaissais qu'il se souciait vivement, son goût allait au calcul différentiel, aux espaces de Riemann. Il y puisait de fortes métaphores (oui, des métaphores, je le maintiens). Je préférais l'algèbre, les ensembles. Nous nous croisions sur Spinoza, mais «son» Spinoza était pour moi (est encore) une créature méconnaissable.
Viennent les années rouges, soixante-huit, l'université de Vincennes. Pour le maoïste que je suis, Deleuze, inspirateur philosophique de ce que nous appelions les «anarcho-désirants», est un ennemi d'autant plus redoutable qu'il est intérieur au «mouvement», et que son cours est un des hauts lieux de l'université. Je n'ai jamais tempéré mes polémiques, le consensus n'est pas mon fort. Je l'attaque avec les mots de l'artillerie lourde d'alors. Je dirige même une fois une «brigade» d'intervention dans son cours. J'écris, sous le titre caractéristique «Le flux et le parti», un article furibond contre ses conceptions (ou ses supposées conceptions) du rapport entre mouvement de masse et politique. Deleuze reste impavide, presque paternel. Il parle à mon sujet de «suicide intellectuel».


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