Passion du livre - tout sur le livre : Le Tunnel

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Le Tunnel

Couverture du livre Le Tunnel

Auteur : William Howard Gass

Traducteur : Claro

Date de saisie : 29/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : le Cherche Midi, Paris, France

Collection : Lot 49

Prix : 26.00 € / 170.55 F

ISBN : 2-7491-0551-X

GENCOD : 9782749105512

Sorti le : 01/03/2007

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  • La présentation de l'éditeur

William Frederick Kohler, le narrateur du Tunnel, est un historien reconnu qui vient d'achever la rédaction d'un énorme ouvrage intitulé Culpabilité et innocence dans l'Allemagne de Hitler. Mais, au moment d'en rédiger l'introduction, Kohler se met à écrire un tout autre texte, une tout autre histoire la sienne. Délaissant l'objectivité de son projet initial, Kohler raconte tour à tour son enfance malheureuse (un père sectaire et arthritique, une mère alcoolique), sa liaison avec Lou, sa passion pour la chanteuse Susu, ses vicissitudes d'enseignant, ses collègues et le cauchemar conjugal qu'il vit avec son épouse Martha. Craignant que cette dernière découvre ces pages intimes, Kohler les dissimule entre celles de son ouvrage historique. Dans le même temps, il entreprend la construction d'un tunnel dans le sous-sol de sa maison. Creuser et écrire se répondent alors, comme si Kohler pratiquait un trou dans le langage même, afin de lui arracher ses pires secrets. À la fois méditation sur l'histoire et ceux qui l'écrivent, pastorale américaine et cauchemar non climatisé, Le Tunnel est une prodigieuse et terrifiante plongée dans la noirceur de l'humain, une tentative pour exposer au plein jour cette part maudite que Gass appelle «le fascisme du coeur». Considéré par George Steiner comme «l'un des stylistes les plus remarquables des États-Unis», et admiré de toute une génération d'écrivains, William H. Gass est né à Fargo en 1924. Il a étudié à la Cornell University avant d'enseigner pendant vingt ans la philosophie à la Washington University, de Saint-Louis. Dès la publication de son premier roman, La Chance d'Omensetter, en 1966, il est reconnu comme l'un des écrivains les plus prometteurs depuis Faulkner. Il faudra attendre 1995 pour lire son second roman. Le Tunnel, ouvrage hors norme auquel il a travaillé près de trente ans.





  • La revue de presse François Busnel - L'Express du 29 mars 2007

L'un des plus grands écrivains américains est un illustre inconnu...
La publication du chef-d'oeuvre de Gass, Le Tunnel, permet de comprendre un peu mieux l'engouement spectaculaire d'une Amérique lettrée qui n'a jamais réussi à hisser son héros jusqu'aux listes des meilleures ventes...
Le Tunnel est une oeuvre magistrale. D'une audace folle. Totalement en marge des genres romanesques. Cette confession d'un vieux prof «semble chaotique, tout en étant aussi tenue qu'un buste dans un corset», souffle, amusé, William Gass. Le Tunnel est une célébration des ténèbres tenue par une écriture à la beauté sombre. Et c'est le style, précisément, qui a érigé Gass au rang des maîtres de la fiction. Ses admirateurs louent - avec raison - la fluidité de sa plume, sa capacité de convoquer les métaphores et de cogner le lecteur page après page, sans jamais lui laisser de répit, sans jamais le lasser.


  • La revue de presse Eric Loret - Libération du 8 mars 2007

Il s'appelle le Tunnel et excave l'histoire d'un prof qui creuse un tunnel sous sa maison et, par la même occasion, dans sa conscience qui est aussi la nôtre, qui est celle du siècle dernier troué par l'Holocauste, qui est la nature humaine. Pourquoi ? On l'ignore...
Au bout, la certitude que l'humain est fasciste et peut-être le morceau de pied nu échappé d'un chef-d'oeuvre inconnu...
Le narrateur du Tunnel, William Frederick Kohler, semble un double de l'auteur, mais c'est un piège. Le roman commence au moment où il doit parachever d'une introduction sa monumentale thèse sur Culpabilité et innocence dans l'Allemagne de Hitler.
La question éthique est au centre du roman de Gass, et toute interrogation récente à propos de Günther Grass, Heidegger ou Jonathan Littell y est d'un coup résolue. C'est qu'il vaut mieux regarder dans son coeur, quand on s'intéresse au mal, que dans celui du voisin...
C'est le coeur qui doit être rafistolé, pas les faits.


  • La revue de presse André Clavel - Lire, mars 2007

Et pourtant, même s'il a de nombreux épigones, Gass n'appartient à aucune école. Il est son propre maître, et son propre disciple : un défricheur solitaire, qui tire une partie de son inspiration de cet obscur et cafardeux Middle West où il a grandi, au fil des années 1920-1930...
Il est beaucoup question des crimes du XXe siècle, dans Le tunnel, mais aussi de tourments intimes qui ressemblent à ceux que l'auteur a vécus...
Dans ce roman aux allures de gigantesque éboulis, Gass creuse un tunnel au coeur même du langage. Cela explique les obscurités d'un récit qui, parfois, s'effondre sous les coups de boutoir dont il est la proie. En s'y aventurant, on a la sensation de pénétrer dans les entrailles les plus noires de notre condition. «Mon livre, a dit Gass, est une méditation sur la servitude humaine.» On en ressort sonné. Déboussolé. Enchanté. C'est dangereux, la littérature : une odyssée dans les ténèbres. De ces ténèbres-là, le romancier a tiré une musique funèbre, envoûtante et envoûtée, comme un oratorio d'outre-tombe.


  • La revue de presse Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 1er mars 2007

Ancien prof de philo, William H. Gass a travaillé trente ans sur «le Tunnel», l'un des romans les plus noirs jamais écrits sur la condition humaine. Il est enfin traduit en français. C'est une somme qui ressemble à une soustraction. Prenez l'humain. Retranchez le superflu - l'humanité elle-même. Que reste-t-il ? Sept cents pages d'un délire violent, méchant, rancunier, vengeur, qui fit dire au critique du «Village Voice», lors de la sortie du «Tunnel» aux Etats-Unis, il y a dix ans : «Gass a écrit un livre qui s'immisce en nous et gémit comme une bête, un livre qui injecte directement au cerveau toute la terreur d'un siècle.»



  • Le message sonore

Claro - 19/03/2007



  • Les premières lignes

À un homme qui se désolait parce qu'il agonisait en terre étrangère, Anaxagore dit : «La descente aux enfers est la même d'où qu'on vienne.»

LE TUNNEL

Ce que j'ai à vous dire est long comme la vie, mais je serai aussi rapide qu'elle, et à peine aurez-vous embarqué que nous en aurons tous deux fini.

UNE VIE D'ASSIS. Au départ, je comptais rédiger une introduction à mon ouvrage sur les allemands. Mes épais dossiers sont là, à côté de moi, mais je sais que je n'y arriverai pas. Car le dernier mot me possède... de part en part.
Gêné, je ne peux que sourire. J'étais sur le point d'étendre ma pitié à mes ennemis. En guise d'introduction, élevée au-dessus de moi tel un arc de triomphe, je comptais me coiffer d'une couronne de lauriers. Mais chaque fois que j'ai pris la plume, celle-ci s'est retournée contre moi.
Je regarde les pages de mon manuscrit, contemple les livres qui tapissent les murs de mon bureau, et je comprends qu'il me faut de nouveau tenter de mettre par écrit cette prison qu'est ma vie.
Il aurait dû s'agir d'une cérémonie toute simple : une couronne pour honorer la mort et ma victoire - la défense de mon hypothèse concernant l'Allemagne.
Car quand j'écrivais ce livre, à qui m'adressais-je sinon au monde ?... le monde !... le monde... le monde c'est Raymond qui ment à tout moment ; c'est Olive qui recoud le ventre de la dinde ; c'est Reynolds qui viole Rosie sur les marches du dortoir ; c'est un coup bas, un soir d'ennui, une exclamation de dégoût. Et quand j'écrivais, écrivais-je pour me vautrer dans la victoire, ainsi qu'on le prétend d'ordinaire ? ou pour me venger après avoir longtemps patienté et bridé mes humeurs ? pour obtenir une promotion, pour m élever au-dessus de la masse tel un ballon qu'on lâche ? ou étais-je poussé par mon piètre amour-propre ? par une pure pétoche, par une lointaine peur enfantine ou quelque honte à peine bue ?... le monde... le monde, hélas. Cest Tania jetant son Tampax à la poubelle.
J'ai commencé, je m'en souviens, pressé par la nécessité. Ma carrière m'avait conduit jusqu'à cette modeste altitude, cette douce éminence où je pouvais débrayer tranquillement et m'arrêter sans heurt. Il n'en fut rien - pourquoi ? Oui, pourquoi ? Mais le devoir me poussa alors de l'avant tel un fantassin.


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