Auteur : Euripide
Traducteur : Philippe Lacoue-Labarthe | Claire Nancy
Date de saisie : 28/02/2007
Genre : Théâtre
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : L'Extrême contemporain
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 2-7011-4541-4
GENCOD : 9782701145419
Sorti le : 15/02/2007
Après Eschyle (Les Sept contre Thèbes) et Sophocle (Oedipe-Roi) Euripide, à son tour, entreprend de réécrire le mythe thébain. Mais il le fait au jour de la crise où s'abîme la démocratie athénienne, dans le moment de la guerre du Péloponnèse. Le théâtre, ici, est politique : les conflits de la famille sont immédiatement ceux du pouvoir; la figure singulière d'Oedipe est reléguée par le destin de la communauté, que hante l'imminence de la guerre civile. Autrement dit, la cité est l'unique espace de jeu. Mais celui-ci s'ouvre, il donne la parole au frère exclu, à la vieille Jocaste, au jeune prince sacrifié, aux Phéniciennes migrantes sur la question radicale de ce qui fonde la cité.
La présente traduction est inédite. Elle fut à l'origine écrite pour la scène : Les Phéniciennes furent montées en 1982, sous la direction de Michel Deutsch et de Philippe Lacoue-Labarthe, au Théâtre National de Strasbourg. Son parti pris - qui s'inspire, toutes proportions gardées, de celui de Hölderlin traduisant Sophocle - est le parti pris de la littéralité, agirait-elle, à la limite, contre l'usage de notre langue. Mais Euripide est notre contemporain.
Édition bilingue
Traduction de Claire Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe
Nous pensions à cet Ange de l'histoire qui, de longues années durant, nous a tous hantés : «Où se présente à nous une chaîne d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à nos pieds».
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«La tragédie, aujourd'hui, est impossible» : une telle impossibilité ne tient pas seulement à la distance historique ; elle provient en réalité de quelque chose de beaucoup plus grave : la rupture elle-même de l'histoire, c'est-à-dire la rupture de la tradition. Au XVIIe siècle, et même encore dans les dernières décennies du siècle passé (entre Racine, mettons, et Nietzsche ou Wagner), on pouvait espérer retrouver les Grecs et produire au moins un équivalent - sinon une «reconstitution» - de la tragédie. Aujourd'hui nous savons de manière définitive que le monde qui a vu naître la tragédie n'est plus et qu'il ne reviendra jamais, même «transposé». Notre monde, s'il nous reste un monde, est même fait de la perte irrémédiable de ce monde-là -jusque dans ce qui, de lui, s'est cru le sillage ininterrompu.
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Plus juste ceci : notre théâtre a été ruiné - et ruiné par le triomphe du spectacle. Cela revient à dire entre autres qu'il y a beaucoup plus de théâtre dans la vie que dans les lieux réservés à cet effet. Notre vie - ou notre «vie» - a été «tournée» vers l'avant sous le masque du théâtre. Il nous est dorénavant de plus en plus difficile de nous démasquer pour nous «retourner» et viser autre chose que ce qui est immédiatement à vue. Ce comportement d'acteurs sans art dans un monde miraculé sans théâtre, nous l'appelons le spectacle. Au fond, le théâtre s'est ruiné dans le moment de son triomphe.
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