Auteur : Nicole Avril
Date de saisie : 27/02/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-259-20303-6
GENCOD : 9782259203036
Sorti le : 04/01/2007
La passion amoureuse surgit avec son hémorragie de sentiments dans la vie de chacun d'entre nous. C'est une délicieuse catastrophe, une volupté de l'enfer, une mort trop douce. On l'espère. On la redoute. Elle fascine. Aucune émotion n'a suscité à la fois une telle séduction et une telle aversion, car le domaine de la passion est celui des oxymores. On y souffre avec délectation. On aime au point de haïr. Loin d'en vivre, on voudrait en mourir.
Elle a inspiré nos mythes et nos créateurs : Tristan et Iseult et l'amour courtois, Anna Karénine, Platon, Stendhal, Edith Piaf, Belle du Seigneur, Héloïse et Abélard, La Duchesse de Langeais, Carmen, Werther, Wagner, Proust, Cocteau, Denis de Rougemont, Roland Barthes, L'Ange bleu, L'Empire des sens, Les Hauts de Hurlevent, Histoire d'O, La Femme d'à côté...
Cette passion amoureuse, Nicole Avril la fait à son tour scintiller de toutes ses redoutables facettes. De A jusqu'à Y. Entre l'amour et la passion, dit-elle, il n'y a pas seulement une différence d'intensité mais de nature. La passion serait à l'amour, ce que le cannibalisme est à la gourmandise.
L'oeuvre de Nicole Avril compte de nombreux romans. Entre autres, Les Gens de Misar, Monsieur de Lyon, La Disgrâce, Jeanne. Elle a signé un récit, Dans les jardins de mon père, et une biographie de Sissi, L'Impératrice. Elle a publié chez Pion Le Roman du visage, Moi, Dora Maar, Le Regard de la grenouille et Dernière Mise en scène.
Préliminaires
Depuis la Passion du Christ et le supplice des martyrs chrétiens, le mot passion exprime une souffrance fatale. Dans l'ancien français, il désignait encore une douleur physique, mais il prend à l'époque de Ronsard sa signification moderne. La passion devient au XVIe siècle une grande souffrance provoquée par l'amour.
Au pluriel, les passions regroupent tous les tumultes, toutes les tempêtes et tous les emportements caractériels. Descartes écrit le Traité des passions de l'âme. Quant à Spinoza, il voit dans les passions les formes passives et douloureuses du désir.
Seule la passion amoureuse va ici retenir notre attention. Son territoire est vaste, accidenté. Les plus grandes oeuvres et les pires crimes l'agrémentent. On l'espère. On la redoute. Elle fascine. Sous l'oriflamme de la passion, comment ne pas se montrer subjectif et paradoxal ? Peu de sentiments ont autant séduit, peu d'émotions ont suscité à la fois une telle attirance et une telle répulsion. Le domaine de la passion amoureuse est le pays des oxymores. On parle à son propos de délicieuse catastrophe, de trop douce mort et de brûlure suave. On souffre trop pour ne pas désirer souffrir davantage.
Les foules se rassemblaient autrefois autour des gibets. Ainsi la passion des autres fait-elle de chacun d'entre nous un voyeur. Elle ne manque pas de générer des oeuvres et des vocations. Il arrive même que le plus asocial et le plus morbide des sentiments se donne les apparences d'un rite initiatique. Ne faut-il pas traverser son buisson ardent pour justifier de sa vie ? Émules du Perdican de Musset, quelques pâles romantiques sont prêts à témoigner : «On se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
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