Auteur : Damian Tabarovsky
Traducteur : Nelly Lhermillier
Date de saisie : 25/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-267-01890-5
GENCOD : 9782267018905
Sorti le : 15/02/2007
Une porte claque : Teresa vient d'être abandonnée. Ce coup provoque chez elle une stupeur métaphysique qui l'anéantit et la précipite dans un vertigineux périple mental et onirique. Plein d'ironie mélancolique, mi-érudit mi-sauvage, Bingo souligne la dimension tragi-comique du destin, sans toutefois bannir la chance, qui surgit dans une fin d'une beauté chaplinesque.
Comment tromper l'ennui et donner un sens à sa vie ? Telle est la question qui taraude Mimi et Luciano, deux Argentins qui enseignent l'espagnol à de puissants Parisiens en quête de profit sur les terres sud-américaines. La solution ? Un hold-up de grande ampleur afin de punir la cupidité ambiante. Le moyen ? Des ondes neuro-linguistiques ? Pas de trace donc pas de preuve et un seul témoin, tout à fait inoffensif : le poulet Chiquitin. Dans un récit qui mêle absurde et cynisme, Tabarovsky déploie une virtuosité et un art maîtrisé de la digression. Entre conte social et satire politique, Les Hernies pointe la radicalité du banal.
Esteban Hector abandonna Teresa à onze heures dix du soir. Il claqua la porte et partit. Il soufflait une douce brise, le vent était transparent comme un coeur abandonné. Dix ans de mariage se terminaient ainsi, sans un adieu, sans une explication, sans une parole de plus ou de moins; sans non plus une parole juste, adéquate, pertinente; mais dans le silence, dans l'absence de mot, de son, comme si les cordes vocales s'étaient mises en grève, en arrêt dans une mobilisation active, dans une revendication historique qui avait atteint son sommet, au moment de l'agitation et de l'extase, à cette apogée où les dirigeants appellent les dirigés par mégaphone et où les dirigés répondent à pleine voix dans un magma de drapeaux ondoyants et de fières transpirations, comme si la grève s'était transformée en son contraire ; non pas une grève pour davantage - plus d'activité, plus de travail, plus d'argent, plus de santé, plus de bénéfices pour les enfants et les handicapés - mais pour moins, une grève sans raison, pour rien, au nom de rien; la grève comme une parenthèse de l'histoire, comme une métaphore de l'immobilité, de l'inconduite, de la fête, mais d'une fête muette, sourde, calme et spasmodique. Non, rien de cela n'était arrivé ce soir-là. À peine le vlan ! de la porte lorsqu'elle s'était fermée et le son creux de la respiration retenue. Teresa pleura à l'intérieur et son corps de femme tressaillit. Les gouttes, deux, trois, peut-être quatre, parcoururent son corps en une seconde. Pleurer vers l'intérieur était un don inné chez Teresa. Les larmes surgissaient de la partie arrière de l'oeil et elles circulaient à travers la gorge, les poumons, le coeur, l'estomac, son vagin, se divisaient en deux dans les jambes - quelques-unes descendaient par l'une, les autres par l'autre - jusqu'à arriver aux pieds. Petite, elle pleurait intérieurement en une demi-seconde, mais maintenant, à l'âge adulte, cela prenait une à trois secondes. Les varices, la cigarette et les problèmes de circulation ne devaient pas être étrangers à cette lenteur.
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