Auteur : Juan Alonso | Denis Bertrand | Michel Costantini | Sylvain Dambrine
Date de saisie : 25/02/2007
Genre : Langues
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France
Collection : Essais et savoirs
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 2-84292-191-7
GENCOD : 9782842921910
Sorti le : 08/02/2007
Dès l'origine, une des ambitions fondamentales et fondatrices de la sémiotique a été d'appréhender et de décrire l'unicité du sens à travers la diversité des langages, en postulant que, loin d'être cantonné en un lieu, le sens circule «transversalement», pour ainsi dire, et sans privilège d'un de ses modes d'expression. Les articles de ce volume soumettent les «sémioses» à de nouvelles interrogations où elles sont autant de «chemins de traverse» entre l'expérience sensible, les langages et les pratiques effectives du sens en situation.
La première partie de l'ouvrage suit trois directions de la transversalité : foyer de formation (dans la sémiotisation de l'esthésie à travers le concept d'instance), modélisation (dans les formes d'intégration ou de parcours), extension de la saisie (approche transversale du sens vécu comme interaction). La deuxième partie vise le foyer sensible du sens dans sa relation avec la pratique esthétique. La troisième partie s'attache au concept d'instance, avec ses trois positions : «expression», «horizon» et «effectuation». La quatrième partie étudie la transversalité à hauteur des situations elles-mêmes en étendant le champ de pertinence de la sémiotique à la réalité socio-sémiotique des significations.
Au passage, les auteurs revisitent, voire redéfinissent des notions et concepts aussi apparemment simples et aussi sémiotiquement subtils que «parcours», «intégration», «ajustement», «cohésion», «catégorie», «instance», «instanciation», «esthésie», «immanence», et, au premier chef, «transversalité».
Pratique de la transversalité
Dans un important article de sa période tchèque, Roman Jakobson distinguait avec force deux directions de la recherche, deux motivations à la quête : la positiviste et vieille-occidentale «pourquoi ?» (warum ?), la téléologique et moderne-russe «pour quoi ?» (wozu ?), qui avait évidemment sa préférence.
La pratique sémiotique aujourd'hui doit certes s'interroger sur l'effet de mode : pourquoi le tropisme propre de ces dernières années nous fait nous intéresser à toutes ces choses : synesthésie, syncrétisme, hétérogène et hétéroclite, hybridation et hybridité, plurisensorialité, multimédia, et on en passe ? Mais il a paru plus judicieux de chercher à penser pour quoi, selon quelle orientation ces «choses-là» requièrent notre attention, vers quel but elles tendent et comment en rendre compte. La tâche est loin d'être aisée, tant règne la confusion des niveaux. Il s'agirait peut-être de définir un mot - par exemple le transversal -, de le travailler jusqu'à le redéfinir, comme le suggère H. Parret à partir des «transversales» de M. Proust, et de le hisser ainsi peut-être au rang de concept, mais également d'expliquer cette élection, de justifier cette transformation, de fonder cette élévation.
Le choix s'autorise de l'amplitude du réfèrent et de la pertinence du sémantisme, car «transversal» évoque tout ce qui «passe en travers» (Littré), soit l'image d'un mouvement qui relie des points jusque-là séparés, et au-delà encore distingués - qualités indiscutables pour une sémiotique qui se veut générale et dynamique. Le travail de transformation s'explique lui-même, en acte, ici et là dans le présent ouvrage, parce que les objets auxquels on se confronte font advenir à l'évidence que «transversalité» n'entretient pas le même rapport avec «synesthésie» qu'avec «interdisciplinarité», ne subsume pas identiquement «syncrétisme» et «plurisensorialité», ne vaut pas à l'identique dans l'acoquinement des sémioses spécifiées et son application au niveau métasémiotique, etc., même s'il n'est pas sans avoir affaire à chacun d'entre eux.
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