Auteur : Jacques Félician
Date de saisie : 17/03/2007
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Campagne première, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-915789-28-7
GENCOD : 9782915789287
Obéir malgré soi, accepter l'insupportable, construire sa propre servitude, sont autant de conduites paradoxales magistralement mises en évidence par La Boétie, aujourd'hui souvent réduites à un effet du masochisme. En s'appuyant sur son expérience de psychanalyste et en se soutenant des approches théoriques majeures de la question, Jacques Félician apporte un nouvel éclairage sur la clinique du servile. Sans négliger les limites de l'expérience analytique, il montre comment la psychanalyse, en s'opposant à toute adhésion aux discours de maîtrise, aide à trouver son chemin au-delà de la servitude.
Jacques Félician est psychiatre et psychanalyste. Il a été un membre actif du Quatrième Groupe. En 1965, il fonde le Bureau d'aide psychologique universitaire de Marseille et le dirige pendant plusieurs années, et participe aux activités du Groupe de psychothérapie institutionnelle avec François Tosquelles, Jean Oury et Félix Guattari. En 1981, il adhère à la Convention psychanalytique. Il y crée avec Pierre Ginesy la revue Césure. Il assurera dans le cadre du Collège international de philosophie des séminaires sur Hölderlin. Il a collaboré à de nombreuses revues dont Topique et Césure.
Ouverture / la question de La Boétie aujourd'hui
«Comment se peut-il que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d'un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a de pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire ?»
Cette question que La Boétie posait en 1548 à l'âge de 18 ans, scella dit-on, son amitié avec Montaigne. Sa force est de prendre le sens commun à rebours : ce n'est pas le maître qui s'impose à l'esclave, mais l'esclave qui se donne un maître et se voue à lui. S'il la déplie dans Le Discours de la servitude volontaire en de multiples directions, il ne lui donne pas de réponse. On ne peut, en effet, tenir pour réponse sa description de la chaîne de la tyrannie sur laquelle s'achève son texte et où il dit en trouver le ressort. Que des esclaves forment une chaîne ininterrompue pour soutenir ceux qui les oppriment en opprimant ceux qui sont en dessous d'eux, est un constat qui ne fait que celer plus profondément l'énigme de la servitude : elle est au coeur de chacun.
Cependant, si ce texte a fasciné tant de commentateurs au cours des siècles, n'est-ce pas qu'il vise le point le plus énigmatique de la condition humaine ? Il y eut des commentateurs pressés, en hâte de proposer une solution dont l'histoire a démontré la vanité, d'autres plus prudents, soucieux de l'envisager comme une oeuvre ouverte, c'est-à-dire ouverte à un questionnement sur l'essence du politique. Tous en effet, et sans exception, l'ont considéré comme un texte politique. Ce qu'il est, mais pas seulement. Il noue le politique à l'inconscient en ouvrant sur une éthique du désir.
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