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Route royale

Couverture du livre Route royale

Auteur : Stéphanie Polack

Date de saisie : 06/06/2007

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 13.50 € / 88.55 F

ISBN : 978-2-234-05963-4

GENCOD : 9782234059634

Sorti le : 01/02/2007


  • La présentation de l'éditeur

Route Royale

«C'est alors qu'il remarque : le bord des cils humides, les paupières humectées et la rétine de l'oeil, l'âme à fleur d'être, luisante. Elle tourne un peu la tête, ses pupilles se dilatent, elles absorbent un point flou. Werner n'en revient pas. Le visage de cette femme, en cette seconde, l'effare. Juste un instant grave et fragile et lui qui n'en finira plus de la fixer. Il la reconnaît, il l'avait vue au tribunal, oui, rue de Cambrai, elle l'avait déjà sidéré : Constance Haroche. Il avait suivi son procès. Il se souvient de tout ; des chefs d'accusation et du verdict. Cette fille l'avait ému mais la cour, elle, ne l'avait pas épargnée. Werner la regarde. Il voudrait la toucher, effleurer son visage, sentir qu'il pourrait la meurtrir et ne pas le faire, la caresser.»

Stéphanie Polack est née en 1977 a Saint-Germain-en-Laye. Elle travaille dans l'édition. Route Royale est son premier roman.



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  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 6 juin 2007

Vif, ardent, sans détours ni prudence, Route royale frappe par sa sincérité...
Cru, parfaitement aiguisé, libre et inconvenant, ce premier texte est un coup de vent, de ceux qui bousculent et claquent les portes. Servi par la générosité de sa langue, précise et râpeuse, libérée de la «belle phrase», il révèle, à coup sûr, un joli tempérament d'écrivain.



  • Les premières lignes

Elle est dehors.

De haut on ne voit que son crâne : un point en tête d'épingle et ses jambes, ses bras en aiguille s'agitant sur le bitume, sa chemise en corolle autour d'elle. On la discerne ainsi, isolée et remuante. On dirait bien qu'elle danse. De haut on ne voit à côté d'elle que deux rectangles en L, deux ailes de bâtiment, deux blocs ; le carré vert d'un terrain vague. Ses mouvements la distinguent. En s'approchant on la découvre jeune : vingt, vingt-cinq ans peut-être. Constance court sur place, se réchauffe les sangs comme elle peut, elle souffle au creux de ses deux mains jointes. Le paysage s'affole, il ploie, on dirait qu'il se cambre. Le ciel est pâteux. La petite regarde autour d'elle. Le froid fige, fait rompre, le froid interdit l'indolence. Elle pense aux terres sèches et gelées de Roumanie, aux violons tziganes jouant faux, aux effets de ces distorsions, aux danses. Elle se dit que ces fêtes sont nées du froid, de l'impossibilité de l'indolence ; elle se dit ça. Il lui faudrait partir d'ici maintenant et se résoudre à prendre un bus ou bien alors à faire du stop. Constance ne choisit rien. Elle continue de courir en rond et chemise blanche, de faire de grands cercles à petits pas, des entrechats sur le trottoir. Elle voudrait que David vienne la chercher et lui passe un de ses pulls, qu'il la prenne par le bras - en charge pendant une heure. Elle en aurait besoin mais David ne viendra pas ; Constance le sait. Elle s'arrête au milieu de la route, déserte, se fiche entre les deux bas-côtés et scrute le carrefour, à l'autre bout. Petite, elle aimait bien ce genre de départementale criblée de nids-de-poule et bordée de champs. Elle y faisait du vélo, avec son père.


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