Auteur : Jan Patocka
Postface : Marc Crépon
Traducteur : Erika Abrams
Date de saisie : 03/05/2007
Genre : Philosophie
Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude
Collection : Philosophie
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-86432-496-6
GENCOD : 9782864324966
Dans le monde de l'«après Europe», que Patocka situe dès la fin de la Première Guerre mondiale, et devant les impasses où nous a conduit ce qui ne s'appelait pas encore la «globalisation» et qu'il nommait lui-même «l'ère planétaire», il convient de s'interroger sur l'héritage européen. Qu'a-t-on retenu ou occulté de l'expérience et du destin de l'Europe ?
Il s'avère alors que l'adoption généralisée du seul calcul de la puissance - reste de sa suprématie déchue - constitue au fond un dévoiement de ses fondements philosophiques.
Partant du thème socratique du «soin de l'âme», Patocka élabore ensuite une analyse exigeante et radicale de l'identité de l'Europe, étrangère à toute notion réductrice d'appartenance et à toute illusoire spécificité.
Il conjoint le projet ontologique, le projet critique et politique et le projet de vie pour fonder sa vision de l'Europe sur ce qu'il appelle un «rapport essentiel et explicite à l'impérissable».
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En quoi la réflexion de Jan Patocka sur la crise de l'Europe, un thème qui traverse toute son oeuvre, nous est-elle si précieuse ? Comme le relève le philosophe Marc Crépon dans sa postface, elle l'est d'abord en ce que réfléchir sur l'Europe aujourd'hui, c'est "forcément prendre la mesure de la naissance, dans la seconde moitié du XXe siècle, d'un monde post-européen" que Patocka nomme déjà "l'ère planétaire"...
Avec cette lucidité quasi prophétique qui le caractérise, le philosophe de Prague avait déjà compris qu'on ne saurait opposer à cet universalisme ultra-pauvre une prétendue identité européenne autocentrée sur son fonds culturel.
Le schéma de l'histoire
L'histoire n'est pas d'emblée histoire de l'humanité. Elle ne le devient que par le passage de l'histoire de l'Occident à celle de l'Europe et l'élargissement de celle-ci en histoire planétaire. Chacune de ces étapes est marquée par des catastrophes ; l'histoire de l'Occident déjà connut la catastrophe de la polis.
L'extension progressive du champ de l'histoire n'a rien d'inéluctable, il ne s'agit pas d'une nécessité linéaire, dictée par l'évolution soit de l'esprit humain, soit de la situation économique. On ne peut la comprendre qu'à partir de la figure interne de chacune des étapes successives. Aucune nécessité interne ne pousse la polis au-delà de ses propres frontières; la civitas romaine, qui devra être toujours conquérante pour devenir empire, n'aura dès lors plus rien d'une polis. En revanche, si les cités s'épuisent intérieurement dans des rivalités externes, comme c'est le cas en Grèce, la polis succombera facilement à l'attaque de l'extérieur qui l'incorpore au nouvel empire mondial. Le problème posé par la notion de vie politique n'est pas supprimé pour autant - les hommes ne retournent pas à l'état dans lequel ils vivaient auparavant de manière évidente, ils ne réintègrent pas l'état de nature politique, l'oikos d'un souverain théocrate. Une manière de domaine public est désormais incontournable ; les tâches à remplir pour la communauté ne peuvent l'être en en appelant tout uniment à la peur et au souci pour la vie propre, mais requièrent toujours une aristeia, comme au temps de la reconnaissance mutuelle des citoyens de la polis. Or, ce qui est exigé là, la philosophie en dispose déjà pour une part - notamment dans ses doctrines de l'Etat - et tente, quant au reste, d'en donner une formulation nouvelle. Aussi bien le droit que la théologie devront s'appuyer sur elle, alors même que le christianisme apportera un nouveau principe, distinct de la philosophie, fondé sur Dieu et sur l'avènement du royaume de Dieu, car ce nouveau point de départ sera compris comme une réponse à l'insuffisance du principe grec.
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