Auteur : Peter Handke
Traducteur : Dominique Petit
Date de saisie : 20/02/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Titres
Prix : 7.00 € / 45.92 F
ISBN : 978-2-267-01893-6
GENCOD : 9782267018936
Sorti le : 08/02/2007
A Princeton en 1966, lors d'une session du Groupe 47, Peter Handke fait un éclat en s'opposant à la vogue du "réalisme" en littérature.
Il revendique le formalisme reproché aux écrivains qui se refusent à raconter encore des histoires, tout en recherchant des méthodes nouvelles pour décrire le monde, et défend l'idée qu'ils habiteraient une "tour d'ivoire". Confrontation avec Brecht, Horvath ou Bernhard, avec les méthodes du théâtre et du cinéma ou avec le discours de la justice, cet ensemble de textes passe du sérieux à l'humour, de méditations austères aux "gais feuilletons ". Handke s'attache à y définir sa position par rapport à l'écriture : "Longtemps, la littérature a été pour moi le moyen, si ce n'est d'y voir clair en moi, du moins d'y voir tout de même plus clair. Elle m'a aidé à reconnaître que j'étais là, que j'étais au monde. "
Né en 1942 en Autriche, Peter Handke est élevé par sa mère entre Berlin Est et l'Autriche où il suit des études de drit. En 1965 l'éditeur Suhrkamp accepte son manuscrit Les Frelons. Il abandonne alors ses études pour se consacrer entièrement à l'écriture. En 1966, la présentation de sa pièce Outrage au public et le scandale qu'il provoque en attaquant les principes esthétiques du Groupe 47 le rendent célèbre. Son oeuvre compte près de 35 romans et essais, 15 pièces de théâtre ainsi que de nombreux scénarios (avec Wim Wenders pour Les Ailes du désir). Il vit à Paris depuis plusieurs années.
1957
La conduite :
Je me levais quand un supérieur entrait dans la pièce. Je ne manquais pas sans excuses. Lorsque, me portant malade, je me mettais au lit, le thermomètre prouvait que j'étais au lit à juste titre. Lorsque la mode est venue de se dessiner à la craie des croix gammées dans la paume de la main pour taper sur l'épaule de gens qui ne se doutaient de rien, c'était moi la plupart du temps à qui on tapait sur l'épaule. L'hiver, je n'osais pas souffler, pendant les cours, sur les fleurs de glace des fenêtres. Parfois, je lisais sous le banc. Chaque fois que les professeurs me regardaient, j'essayais de leur rendre un regard sincère et franc. Je pouvais, sur ordre, mettre immédiatement les mains sur la table. D'ordinaire, mes lacets étaient si courts que je ne pouvais pas les nouer.
Je croyais parfois en Dieu, le père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. Pendant la messe, j'attendais les différents mouvements : avant l'Evangile qu'on se lève, avant le sermon qu'on s'assoie, avant la transfiguration qu'on s'agenouille. Lorsque l'évêque du diocèse est venu visiter l'internat, il s'est aussitôt dirigé vers moi dans la salle d'études pour demander mon nom. Comme ma mère attendait un enfant, j'ai fait la promesse solennelle, devant la LUMIERE ETERNELLE, que si tout se terminait bien, je deviendrais vraiment prêtre. J'ai commencé à aimer aller me confesser, inventant des péchés. Le cardinal de Hongrie fut obligé de chercher REFUGE, devant les communistes, à l'ambassade américaine. J'apprenais les noms de tous les livres de l'Ancien Testament et l'architecture du Temple de Salomon. Quand mes dents effleuraient l'hostie, je prenais peur.
Extrait de l'avertissement :
Ceci n'est pas un recueil d'essais. Il est probable que ne s'en dégage aucune image du monde donnant lieu à dissertation ; tout au plus serait-il possible d'y observer une sorte de crainte, croissante au fil du temps, devant les rituels de la théorie critique culturelle dont j'ai encore fait étalage au début avec un certain sans-gêne. Par la suite, j'ai essayé en revanche de décrire davantage, organisant les diverses observations de sorte qu'elles puissent parler d'elles-mêmes à la lecture sans ôter, dès la première phrase, toute possibilité de découverte personnelle au lecteur doté du schéma habituel d'analyse et de critique. La description des Légendes de la forêt viennoise de Horvath, par exemple, n'est pas une paraphrase, mais une sélection consciente de certaines phrases de la pièce. Elles sont censées être le commentaire de la conscience qui s'y trouve formulée.
Pour moi qui n'avais jamais écrit que des histoires, le travail sur quelque chose, sur un thème, m'était plutôt étranger. Si je l'ai entrepris, c'est seulement parce que j'avais besoin d'argent. La radio payait 300 schillings par feuilleton de 15 minutes. Il me serait parfois venu davantage de choses à l'esprit, mais j'étais obligé de m'interrompre au bout d'un certain nombre de lignes : on le remarque à la lecture des feuilletons sur les dessins animés et sur le cirque. J'étais incapable d'en écrire autant sur le football, et j'ai plutôt bluffé pour arriver à mes 300 schillings. Pourtant je n'ai pas écarté ce texte du recueil, car on y trouve aussi certaines descriptions plus minutieuses. De tous les textes réunis dans ce livre, je n'ai en fait écrit vraiment spontanément que Les Tautologies de la justice. Friendly Cartoons est le titre d'une série américaine de dessins animés : sous ce titre générique, on peut lire beaucoup de choses de ce recueil.
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