Auteur : Werner Spies
Traducteur : Jean Torrent
Date de saisie : 19/02/2007
Genre : Arts
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Titres
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-267-01894-3
GENCOD : 9782267018943
Sorti le : 08/02/2007
De la photographie encore tout encombrée de pesants appareils se jetant, à la fin du XIXe siècle, à la conquête du Mont Blanc jusqu'à l'inutilité somptueuse des 7 532 portes safran installées par Christo et Jeanne-Claude au coeur d'un Manhattan sidéré dans la contemplation inquiète de «Ground Zéro», Werner Spies arpente un siècle où l'art apparaît plus que jamais comme une réponse et un défi à l'histoire, à ses embrasements meurtriers, à ses convulsions inouïes. Outre la connaissance érudite des oeuvres, Werner Spies appuie ses réflexions sur les liens d'étroite familiarité qui l'unissent ou l'ont uni à leurs auteurs. Il en résulte une sorte d'histoire portative et privée de l'art de la seconde moitié du XXe siècle.
Werner Spies, né à Tübingen en 1937, a enseigné l'histoire de l'art du XXe siècle à la Kunstakademie de Düsseldorf jusqu'en 2002. Il est l'auteur de nombreux livres sur ce sujet et l'éditeur du catalogue des sculptures de Picasso et du catalogue raisonné de Max Ernst. Il a organisé de multiples expositions à Berlin, Paris, Londres, New York, Chicago, Venise, Vienne, Tokyo, notamment l'exposition «Paris-Berlin» et la rétrospective Max Ernst. De 1997 à 2000, Werner Spies a dirigé le Musée national d'art moderne du Centre Pompidou. Il y a présenté les expositions «Picasso sculpteur» et «La Révolution surréaliste».
Cervantès, Duchamp, Beckett, Nauman
Marcel Duchamp l'a dit : c'est le «regardeur» qui «fait» le tableau. Nous nous efforçons, dans notre pratique quotidienne, de traduire ce que nous voyons dans les galeries, les ateliers ou les musées. La possibilité de modifier les oeuvres par le biais de commentaires toujours renouvelés procède d'une expérience que l'on peut faire remonter au XVIIIe siècle. Hume, Shaftesbury rompent avec les règles d'une esthétique régie par les normes du classicisme. L'indétermination et l'imagination viennent occuper le devant de la scène. Le jugement d'un goût codifié, garde-fou pour le spectateur, cède la place à la puissance imaginative et à la référence au vécu. À une échelle fixe des valeurs esthétiques convenues, Hume objecte, dans son essai Of the Standard of Taste : «Beauty is no quality in things themselves : it exists merely in the mind which contemplates them, and each mind perceptives a different beauty.»
Le mot de Duchamp résume une pratique que sa propre démarche n'a pas peu contribué à transformer, au XXe siècle, en une manie d'interpréter généralisée. La relation combinatoire aux formes et aux thèmes comble le déficit creusé par la disparition de la fonction liturgique et sociale de l'art. Deux autres facteurs jouent un rôle : la conquête par l'esthétique de domaines non artistiques et la nécessité de permettre à des formes, des actions, des gestes abstraits d'être transmis, vécus. Rien ne peut se soustraire à un commentaire plus ou moins subjectif. L'art vit, en effet, par-delà les certitudes iconographiques. Ceci ne recouvre pas seulement les positions de la première avant-garde, on peut aussi l'affirmer des revivais de styles et de contenus spécifiques. Ils ne sont en rien plus compréhensibles. La redondance de la pratique artistique gomme les références et les possibilités de comparaison : plus l'art devient postmoderne, plus il est malaisé de l'ancrer dans une temporalité critique et susceptible d'être datée. On est donc conduit à se demander quelle toile de fond intellectuelle littéraire permet aux tableaux d'être vus.
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