Auteur : Gertrud Kolmar
Traducteur : Laure Bernardi
Date de saisie : 19/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Titres
Prix : 5.00 € / 32.80 F
ISBN : 978-2-267-01898-1
GENCOD : 9782267018981
Sorti le : 08/02/2007
Susanna est le dernier texte de Gertrud Kolmar.
Composé au cours de l'hiver 1939, il met en scène les souvenirs d'une rencontre, celle d'une gouvernante et de son élève, une jeune fille très belle mais perturbée mentalement. D'un côté, une femme raisonnable, apparemment insensible et étrangère aux choses de l'amour ; de l'autre, un être fantasque, très vivant, une sorte d'animal féerique, hors du temps... La jeune fille connaîtra un amour innocent, mais vrai...
Cette confrontation, tout autant que la fin brutale du récit ressuscitent un monde en perdition et l'impuissance de l'auteur face à un avenir sans lendemain, celui des Juifs allemands.
La ligne de ce magnifique récit est très pure. Les échos de la terrible actualité vécue par l'écrivain ne la rompent pas ; ils sont là pourtant, mais comme assourdis, détournés.»
Patrick Kéchichian, Le Monde
Gertrud Chodziesner (1894-1943) est issue d'une famille de la grande bourgeoisie juive. Son cousin Walter Benjamin reconnaissait en elle une soeur de coeur. Durant la Première Guerre mondiale, elle travaille au service de la censure du courrier des prisonniers de guerre. Son premier recueil de poèmes paraît en 1917 sous le pseudonyme de Gertrud Kolmar. Après la mort de sa mère en 1930, elle écrit La Mère juive. Ses soeurs et ses frères, émigrés à l'étranger, tentent de lui faire quitter l'Allemagne. Mais elle refuse d'abandonner son père au régime nazi. Elle le soutient jusqu'à sa déportation en septembre 1942. Elle-même est envoyée à Auschwitz en février 1943.
Je ne suis pas poète, non. Si j'étais poète, j'écrirais une histoire. Un beau récit, avec un début et une fin, à partir de ce que je sais. Mais je n'en suis pas capable. Je ne suis pas une artiste. Rien qu'une vieille gouvernante aux cheveux grisonnants, au front usé, des poches sous ses yeux fatigués. Son front à elle était aussi lisse et brillant que des boules d'ivoire... Mais si j'y pense maintenant, c'est juste que cette femme est morte il y a quelques jours : Thérèse Rubis née Heppner, à l'âge de soixante-douze ans. Je l'ai lu avant-hier dans le journal. Une fille à elle, mariée à Breslau, annonçait la mort de sa mère. Son nom à lui n'apparaissait pas. Rien qu'une liste de villes lointaines : Shanghai, Tel-Aviv, Parral, San Francisco. Et moi, où vais-je aller ? Je suis toujours là, assise depuis des semaines dans cette chambre de location aux meubles de velours vert râpé, et dans le coin, sous la patère, ma grosse valise attend. Et espère qu'arrivera de Plymouth, Massachusetts, le deuxième affidavit.
Cela fait onze ans maintenant... Ce sera certainement le point final, cette annonce dans le journal, et le point de départ aussi était une petite annonce. On cherchait, en échange d'un bon salaire, une gouvernante expérimentée pour s'occuper d'une jeune fille légèrement perturbée. J'écrivis. La réponse vint du tuteur de l'orpheline, et bientôt des lettres furent échangées. Car à l'époque je vivais à Mors, et lui - il était avocat -ne connaissait personne en pays rhénan avec qui j'aurais pu prendre contact. Nous finîmes tout de même par nous entendre : je fis mes bagages et traversai l'Allemagne d'ouest en est, une journée entière.
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