Auteur : Jean-Luc Gendry
Date de saisie : 06/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Grands romans
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-268-06106-1
GENCOD : 9782268061061
Sorti le : 08/02/2007
A toi, mon petit fils, auquel n'ont jamais été vraiment expliquées les actions menées sous des formes officielles ou clandestines pour éviter aux français le sort horrible que les nazis ont réservé aux populations de Pologne et d'Ukraine, de Grèce et de Yougoslavie ; pour épargner au pays la destruction de ses villes et de son appareil industriel ; pour protéger les 2 millions de prisonniers et de travailleurs, otages en Allemagne ; A toi qui a trouvé si naturel les 30 glorieuses, il est peut-être utile de t'adresser la chronique d'un temps ou ce qui était le plus essentiel pour préparer l'avenir ne pouvait être proclamé et demeura méconnu.
Jean-Luc Gendry
Paris, décembre 1942 : froid, faim, déportations, occupation de toute la France, bombardements, deux millions de français prisonniers ou travailleurs forcés en Allemagne, seules quelques grandes oeuvres du théâtre, de la littérature et du cinéma, permettent encore aux Parisiens d'échapper, pour un instant, à l'horreur du temps : la première de La Reine morte à la Comédie-Française sur laquelle s'ouvre ce récit, constitua l'un de ces moments de rémissions.
Major de Normale, ancien critique littéraire de L'Echo de Paris et de L'Epoque, Nicolas Charpentier, qui a cessé de préparer les messages du chef de l'Etat, reviendrait volontiers à sa première vocation si le drame national ne l'incitait à jouer de nouveau un rôle politique essentiel ; à favoriser d'utiles liaisons entre les principaux acteurs de la garde montante : Henri Frenay, Pierre Brossolette, Michel Debré, André Mutter, Jean Monnet ; et ceux de la garde descendante : Pierre Laval, René Bousquet, Jean Jardin, Lucien Romier et Jean Tracou.
Les confidences des uns et des autres font souvent apparaître des réalités plus complexes que celles retenues par l'histoire officielle. Des portraits saisissants, des entretiens étonnants de vérité, un style remarquable font de ce roman un ouvrage essentiel pour la compréhension de ces temps tragiques.
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Dans la lumière bleutée des réverbères, en dépit du temps glacial, la place de la Comédie-Française avait un air de fête. Les serveurs de la Régence, les portiers de l'hôtel du Louvre, les concierges du quartier, affrontaient le froid pour voir sortir des vélos-taxis les vedettes de la scène, de l'écran et de la littérature, le Tout-Paris heureux de retrouver les fastes d'une grande première et d'oublier les rigueurs de l'Occupation.
À chaque arrivée, le ton de la foule montait d'un cran. La crinière blanche de Maurice Rostand qui prêtait son bras filial à Rosemonde Gérard fut prise pour celle d'Abel Bonnard et déchaîna bien quelques sifflets, mais des applaudissements saluèrent avec entrain l'apparition de Danielle Darrieux, d'Edwige Feuillère et de Raimu.
On fit une ovation à Colette et à Jean Cocteau qui venaient à pied du Palais-Royal ; à Alice Cocéa, Suzet Maïs et Jean Sarment qui sortaient du métro ; à Simone Valère suivie de Jean Chevrier et de Jean Marchât mais on ne reconnut pas Henry de Montherlant, le visage dissimulé, col relevé, sous un grand chapeau, qui ne demandait d'ailleurs qu'à passer inaperçu. Jusqu'au matin même, enragé par quelques coupures mineures de son texte, que Pierre Dux, metteur en scène, avait imposées, le grand écrivain avait menacé Jean-Louis Vaudoyer d'un esclandre, voire de son absence. Il était ainsi fait et personne ne s'en émouvait car, depuis le 26 octobre, début des répétitions de La Reine morte, cet auteur ombrageux, avare de compliments, s'était tout de même réjoui à la dérobée de l'autorité avec laquelle Jean Yonnel incarnait le roi Ferrante, de la résonance que sa voix magnifique et ses rugissements féroces donnaient à certaines répliques. On avait aussi remarqué que le vieux misogyne n'était pas resté insensible au charme déployé par Madeleine Renaud dans le rôle d'Inès de Castro, à la noblesse émouvante donnée par Renée Faure à l'infante de Navarre. l n'y avait rien à craindre : cette troupe magnifique avait mis tout son talent à servir un chef-d'oeuvre qui resterait, à n'en pas douter, comme une des grandes créations du répertoire et ferait entrer le solitaire du quai Voltaire dans le Panthéon des grands dramaturges.
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