Auteur : Carine Doganis
Préface : Claude Mossé
Date de saisie : 13/07/2007
Genre : Histoire
Editeur : PUF, Paris, France
Collection : Fondements de la politique
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-13-055579-7
GENCOD : 9782130555797
Sorti le : 19/01/2007
La politique est en crise, la cité est divisée.
On peut regretter un âge d'or de l'engagement des citoyens, de la participation aux affaires publiques, du débat constructif permettant à tout un chacun de prendre la parole, comme on l'imagine dans la cité d'Athènes à l'époque classique. Cette référence, familière aux politologues, aux philosophes, aux historiens ou aux juristes, n'a été traitée jusqu'à présent que sous un angle positif, dans une tradition soucieuse d'établir la filiation de la République.
Pourtant, la démocratie antique, généreusement idéalisée, peut également servir de modèle par ses dérives, ses défaillances et ses crises pour mieux comprendre le politique aujourd'hui. Inhérente à la démocratie grecque, la pratique abusive de l'accusation publique volontaire - la sycophantie - a largement participé à la corruption du système. C'est l'indicateur d'analyse qui a été retenu dans ce livre, dont l'ambition est de montrer que les dysfonctionnements du modèle athénien ne sont pas moins instructifs que ses réussites.
Selon la manière dont les citoyens s'approprient le recours à l'accusation publique volontaire, l'institution peut fonctionner comme un ministère public " citoyen " ou, au contraire, donner prise à la délation. Parce qu'elle est à la fois le résultat de l'appropriation par les citoyens d'une institution conçue à l'origine comme éminemment démocratique et le symptôme de la corruption de cette institution, la sycophantie pose la question de la confiance institutionnelle.
La délation met en évidence la corruption de l'idéal d'une société de confiance, qui est celle de la cité d'Athènes à l'époque classique, que l'on pourrait bien retrouver dans l'idéal de transparence qui caractérise les démocraties contemporaines.
Docteur en science politique et diplômée de l'Institut d'Études Politiques de Paris, Carine Doganis est l'auteur de nombreux articles sur les fondements de la démocratie. Ses recherches portent actuellement sur la gouvernance démocratique, les transformations institutionnelles et administratives des structures publiques, les formes de participation politique et les attitudes citoyennes.
Commander ce livre sur Fnac.com
Où passe la frontière entre la juste dénonciation du crime et la délation, ravageuse du lien communautaire ? Les cités grecques, dépourvues d'institutions publiques pour protéger la loi, confiaient à chaque citoyen le soin de dénoncer aux magistrats ceux qui violaient la loi. Vision idéalisée d'une démocratie participative qui considère chaque citoyen comme un militant au service de sa cité et feint d'ignorer les zones obscures de la nature humaine ! Carine Doganis, en se fondant sur l'abondante documentation athénienne relative aux dénonciateurs publics professionnels, les sycophantes, analyse la complexité d'une situation à la fois révélatrice des idéaux de la communauté et source d'une corruption inévitable de ces idéaux. Dans cette démocratie totale, la mobilisation permanente du citoyen au service de la loi impose à chacun une connaissance parfaite des mécanismes juridiques protecteurs de la démocratie : l'appel à la dénonciation constitue un processus d'apprentissage essentiel de la démocratie.
La démocratie athénienne y est revisitée non pas dans les habituels étages nobles, mais en ses sous-sols peu ragoûtants. Plus fondamentalement, il est question de participation politique, aujourd'hui comme hier, dans ce détour comparatif entre institutions athéniennes et démocratie moderne. Si, à Athènes, le renforcement continu du pouvoir populaire a marqué un approfondissement certain de la démocratie, sa dégradation montre aussi que les institutions seules ne suffisent pas à la pérenniser, car elle est avant tout la pratique vivante d'un imaginaire partagé.
Extrait de la préface de Claude Mossé :
Le livre de Carine Doganis s'inscrit dans une démarche qui, depuis quelques décennies, met en question le régime politique qui fonctionna à Athènes aux Ve et IVe siècles avant notre ère, cette démocratie dont la France en particulier se voulait l'héritière. On a avancé contre ce «modèle» tant vanté, successivement ou conjointement, l'esclavage, l'exclusion des femmes et des étrangers, l'impérialisme aux dépens des autres Grecs. Le thème ici abordé est de nature à éveiller davantage encore la curiosité du lecteur : la corruption qui fait aussitôt penser à des «affaires» récentes, en France comme dans d'autres démocraties occidentales.
Très vite cependant, on s'apercevra en lisant ce livre qu'il s'agit de tout autre chose. Cette corruption n'a rien à voir avec un «monde des affaires» qui n'existe pas dans l'Athènes classique, mais découle d'une caractéristique du droit athénien : la place accordée à la délation dans le système judiciaire. Comme l'auteur le rappelle à plusieurs reprises, c'est au législateur Solon que l'on attribuait le droit donné à tout Athénien qui le voulait (ho bouloménos) «d'intervenir en justice en faveur d'une personne lésée» et «le droit d'appel aux tribunaux». L'auteur de la Constitution d'Athènes, un texte composé au IVe siècle par un élève d'Aristote, sinon Aristote lui-même, voyait dans ce droit l'une des dispositions les plus démocratiques avec l'interdiction de prendre les personnes pour gage. De fait, lorsqu'il est possible d'entrevoir le fonctionnement de la justice athénienne, en particulier à travers les plaidoyers des orateurs, il est clair qu'il n'existait pas à Athènes une institution analogue à ce que nous appelons le ministère public. Non seulement les actions privées mais aussi les actions publiques relevaient de l'initiative individuelle. Telle ou telle disposition votée par l'Assemblée pouvait être attaquée par n'importe quel citoyen, déclenchant de ce fait une action contre l'orateur à l'origine de la proposition. Bien plus, aussi bien lors de leur entrée en charge qu'au terme de leur magistrature, les détenteurs d'une fonction publique étaient appelés à rendre des comptes et pouvaient être mis en accusation par qui le voulait. Certes, il existait des procédures d'arbitrage permettant d'éviter un procès. Il n'en reste pas moins que les procès devant les juges du tribunal populaire étaient un des lieux du déroulement de la vie politique athénienne.
On voit aisément comment, à partir de cette réalité du fonctionnement de la justice à Athènes, la délation pouvait jouer un rôle important, même et surtout si elle se présentait comme au service de la communauté des citoyens. Les nombreux plaidoyers politiques qui nous sont parvenus, singulièrement ceux qui sont attribués à Démosthène, sont à cet égard révélateurs. Carine Doganis, quant à elle, a privilégié une source de nature différente, les comédies d'Aristophane.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli