Auteur : Claude Lefort
Date de saisie : 03/05/2007
Genre : Politique
Editeur : Belin, Paris, France
Prix : 42.00 € / 275.50 F
ISBN : 2-7011-4357-8
GENCOD : 9782701143576
Sorti le : 17/01/2007
A la Libération, en 1944, Claude Lefort a vingt ans.
Jeune philosophe, élève de Merleau-Ponty, trotskiste (avant de se retourner contre cette appartenance et, bientôt, de faire porter ses critiques sur le marxisme même), il se jette d'emblée dans le débat politique - d'abord en écrivant dans Les Temps Modernes, puis en participant à la fondation de Socialisme ou Barbarie et, plus tard, de Libre. Soixante années durant, son attention aux événements - en particulier à ceux qui ébranleront les pays de l'Est - ne se relâchera jamais.
En même temps (tout en enseignant successivement à la Sorbonne, à Caen, à l'EHESS) il contribue - dans son monumental livre sur Machiavel, mais aussi dans maintes autres études où il se confronte à de grandes pensées (de Marx à Tocqueville, Michelet, Quinet, Aron, Hannah Arendt ou Soljenitsyne) - à la restauration et au renouvellement de la philosophie politique. Le temps présent réunit des textes écrits pendant les soixante dernières années (et dont bon nombre étaient devenus inaccessibles).
C'est ainsi tout le vingtième siècle qui se réouvre, avec ses emportements historiques - guerres et révolutions - sans précédent, ses " mutations " politiques inouïes. Au coeur de ces tumultes, Claude Lefort a su élaborer une des analyses les plus lucides du totalitarisme ainsi qu'une théorie de la démocratie qui, dans sa rigueur et son sens de la complexité, nous est aujourd'hui plus que jamais indispensable.
Claude Mouchard
Ce recueil ne s'adresse pas aux spécialistes. Les textes qu'il contient, loin de se construire à partir d'un vocabulaire spécialisé ou technique abstrait, visent à soumettre la réflexion à un mouvement de reprise souvent exigeant, qui veut, en réinterrogeant les pensées des grands prédécesseurs, défaire les représentations trompeuses sans cependant s'imaginer en finir une fois pour toutes avec les illusions et les charmes dont se parent le pouvoir ou la tentation de le servir. L'une des clés du livre, et de la vertu propre de son auteur, se trouve peut-être dans la magnifique analyse, dans une conférence donnée en 1996 à Varsovie, de la force du "refus de servir", qui met en échec le prétendu réalisme et défie les représentations de l'impossible. C'est le désir de liberté qui permet d'y voir clair.
Juste introduits par Claude Mouchard, sans aucune intervention a posteriori, tous les centres d'intérêts du philosophe émergent ici, tels des îlots de pensée à l'état naissant qui finissent par former des archipels reconnaissables, parfois éloignés, que seul relie désormais le fil du temps écoulé : de la critique du totalitarisme à la démocratie, de la question du pouvoir selon les différents régimes aux droits de l'homme, à la question de l'individualisme contemporain, de la guerre, de la paix, de la littérature...
Ancien directeur d'études à l'Ecole des hautes études, Claude Lefort a formé des générations de disciples, participé à mille batailles dans la Cité, par exemple pour Soljenitsyne et contre le rideau de fer, mais il a aussi produit une oeuvre théorique qui ne cesse de féconder la pensée politique. D'ailleurs, son grand livre sur Machiavel (Gallimard, 1972) n'a-t-il pas comme titre le Travail de l'oeuvre ? A contre-pied d'une certaine disparition du sujet très prisée en ces années structuralistes, l'oeuvre, pour Lefort, exige que celui qui l'accomplit en devienne peu à peu l'auteur, qu'il apprenne à dire «je», qu'il sache faire surgir des livres du passé des interlocuteurs aussi vivants que ses contemporains. Il n'y a pas là que de la piété, il y a de la grandeur.
SIECLE OUVERT
par Claude Mouchard
Le temps est, dans ce vaste recueil, à tout moment sensible. C'est d'abord celui de la simple chronologie : on verra, dans les pages qui suivent, se succéder des textes publiés par Claude Lefort depuis soixante ans.
Un livre que le temps seul aura composé ? Les textes nous sont livrés sans la protection d'une reprise globale, sans le recouvrement d'un grand retour rétrospectif. Ils sont directement exposés à notre attention - ou, à travers nous, à de l'attention future.
Trompeuse, à vrai dire, la neutralité froide de la chronologie. On le redécouvre à lire ces textes, les années où ils furent écrits n'ont pas passé en toute continuité et égalité : elles furent secouées d'événements considérables, soulevées d'effervescences, traversées de ruptures. C'est à tous ces tourments de l'histoire et à toutes ces gestations que Lefort fut attentif. Ces années furent aussi, pour lui, le temps de multiples rencontres et de vives confrontations politiques. Et ce n'est pas seulement à d'autres qu'il lui arriva de s'opposer. En plusieurs des pages qu'on lira ici, on trouvera les traces de rudes confrontations avec soi-même, et de déplacements, durement gagnés, de la pensée de leur auteur.
C'est donc le temps lui-même, individuel non moins que collectif, qui se révèle, aux yeux du lecteur, avoir été pris au corps et âprement travaillé. Et qui voudra, dans l'avenir, se retourner sur les drames politiques du vingtième siècle, trouvera dans ce volume toute une palpitation de pensées affrontant les «événements», les moments révolutionnaires, les crises, les «mutations sociales».
«Réouvrir le temps» : par cette formule (dans «Hannah Arendt : Antisémitisme et génocide des Juifs» 1985 [texte 43]), Lefort caractérise le retour que l'auteur des Origines du totalitarisme fit sur la genèse de l'antisémitisme moderne. Autrement qu'Arendt (mais parfois en dialogue avec elle), Lefort aura ouvert ou - contre tout ce qui tendait à le refermer - réouvert le temps.
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