Auteur : Diana Evans
Traducteur : Mona de Pracontal
Date de saisie : 20/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : R. Laffont, Paris, France
Collection : Pavillons
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-221-10715-7
GENCOD : 9782221107157
Sorti le : 18/01/2007
" Sur l'exterieur de leur porte d'entrée, Georgia et Bessi avaient écrit à la craie 26a et sur la face intérieur G+B, à hauteur des yeux, juste au dessus de la poignée.
C'était leur dimension supplémentaire. Celle qui venait après la vue, l'ouïe, l'odorat le toucher et le goût, celle ou le monde se déployait et se multipliait parce qu'il était la somme de deux personnes. Ce qui brillait brillait deux fois plus. Chaque couleur avait plus de couleur.
" Du grenier du 26 Waifer Avenue, dans la banlieue populaire de Londres où elles grandissent au sein d'une famille chaotique, Bessi et Georgia ont fait leur royaume.
Un royaume peuplé de secrets et de rêves, où l'on n'est invité à entrer que si l'on frappe à la porte. Une fois franchi le seuil, on y découvre l'histoire terriblement attachante de ces jumelles monozygotes de père anglais et de mère nigériane, à l'époque où l'Angleterre vit au rythme du mariage du prince Charles et de Lady Di.
Entre onirisme et réalité, fantaisie et émotion pure, ce premier roman ressuscite avec une grâce exceptionnelle le pays perdu de l'enfance.
Diana Evans vit à Londres, où elle est née. Louée par la presse, comparée à Zadie Smith et Alice Sebold, la jeune romancière anglo-nigériane a remporté en Grande-Bretagne le prestigieux prix Orange du premier roman. D'inspiration largement autobiographique, 26a, qui rencontre dans une dizaine de pays un grand succès, sera prochainement adapté au cinéma.
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Ham
Juste avant leur naissance, Georgia et Bessi connurent un moment d'indécision. Elles parcouraient le sous-bois depuis quelque temps déjà, de nuit, sous un croissant de lune, sans destination précise ni la moindre idée de l'endroit où elles pouvaient bien se trouver - un champ du Buckinghamshire, les vallées du Yorkshire, les abords de la M1, entre Staples Corner et Watford ?... Les oiseaux nocturnes chantaient. La terre dégageait une odeur de pluie ancienne. Elles allaient trottinant, traversant des ronces piquantes, des trous qui se transformaient en tunnels tièdes et grottes souterraines à l'éclairage diffus. Des baies sucrées s'écrasaient sous leurs pattes entre les grandes herbes, et pour ne pas se perdre chacune flairait la trace de l'autre.
Elles eurent bientôt la sensation qu'elles approchaient d'une route. Un de ces immenses espaces ouverts à toutes les catastrophes où ils étaient si nombreux à avoir péri. Des écureuils aplatis sur le macadam. Des lapins, des blaireaux, des oiseaux marcheurs - tous assassinés et abandonnés aux mouches. Bessi pensait qu'elles devaient tenter le coup, qu'on ne voyait rien venir à des kilomètres. Mais Georgia n'en était pas sûre, car on ne pouvait jamais être sûre, il n'y avait qu'à voir les conséquences possibles (un peu plus loin sur le bitume gisait un oiseau luisant de sang, les plumes raides de son aile dressées vers le ciel).
Elles avancèrent jusqu'au bord de la route pour mieux regarder. Pas le moindre véhicule à l'horizon. Pas de grondement de moteur, pas de phares. Georgia mit longtemps à changer d'avis. Bon, d'accord. Mais faisons vite, plus vite que vite. Courons, sautons, volons. Soyons sans limites, pure vitesse. Elles s'engagèrent sur la chaussée et fusèrent comme des flèches, se touchant presque ; c'est alors que surgit la voiture, et, pour des raisons qui les dépassaient, elles s'arrêtèrent.
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