Auteur : Akli Tadjer
Date de saisie : 14/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Best, n° 13014
Prix : 4.80 € / 31.49 F
GENCOD : 9782266163422
Sorti le : 18/01/2007
En cet été 1964, Mohamed, douze ans à peine, est envoyé pour une dizaine de jours chez des cousins qu'il ne connaît pas. Des son arrivée, sa tante décide de le rebaptiser Alphonse. Mais comment ce simple changement de prénom pourrait-il suffire à effacer les différences trop criantes entre lui, le petit Arabe de Paris, et cette modeste famille ouvrière du Nord ? Pris entre les deux soupirants de sa cousine - Edouard, le blouson noir, et Théo, le juif polonais - et amoureux d'Annabelle, la soeur d'Edouard, Mohamed va bouleverser l'existence tranquille du petit village en devenant le catalyseur des querelles adolescentes. Quarante ans plus tard, le moment est peut-être venu de solder enfin le passé...
«(...) un texte tendre, émouvant et drôle.»
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«Alphonse est un roman plein de trouvailles, de réflexions inattendues, de situations rocambolesques. Une petite merveille.»
Le Canard Enchaîné
Rendez-vous au Terminus Nord, la grande brasserie en face de la gare. C'est pas elle que j'ai reconnue en premier. Pour tout dire, je l'ai pas reconnue du tout. Edouard, lui, m'a pas échappé. Une oreille déchirée comme la sienne, ça peut pas s'oublier. Jamais. Elle, c'est Juliette. Il y a une semaine, encore, elle avait plus sa place dans mes souvenirs. Quand je croisais une Juliette, ça me la faisait pas revenir pour autant. Elle existait plus. Même pas une ombre.
Ils sont deux tables derrière. En jouant avec les miroirs, je les ai en point de mire. Juliette a commandé du thé. Edouard est au Picon-bière. Ils regardent à gauche à droite, loin, au plus loin, à l'affût d'une tête qui leur rappellerait quelqu'un. Moi. Je fais le mort, derrière mon verre d'eau à bulles. Elle lève le nez au plafond. Il y a des fresques, des frises, des dorures. Elle les détaille comme si elle y connaissait quelque chose, aux fresques. Elle dit à Edouard qui regarde sa montre que c'est beau toutes ces curiosités au plafond. Edouard soupire que ça fait long deux Picon-bière. Une heure qu'ils m'attendent. C'est rien une heure quand on s'est pas vu depuis quarante ans.
C'est pour le déménagement de maman qu'elle m'est revenue à la mémoire, Juliette. Elle dormait dans une boîte à chaussures avec une photo cloquée d'humidité... Des gens sur la photo que j'avais oubliés, eux aussi. La faute à maman. Elle range, elle range, après, elle est comme moi, elle oublie. Oui, des gens... Derrière la photo, il y avait des noms. C'est pas mes parents qui les ont écrits. Analphabètes à perpétuité qu'on les avait condamnés. Alors, c'est moi. Forcément. Au dos de la photo, j'avais noté en appliqué, à la plume Sergent-Major : Mois d'août 1964. La famille du Nord. Oncle Salah, le père, Tante Jeanne, la mère, Robert, le grand, Charles, le presque grand, Jean, le moyen, Albert, le petit moyen, Juliette, la gniace et Yanka... et puis, il y avait les lettres dans un sachet en papier Félix Potin. Qui les avait mises dans ce sachet ? Ma mère sans doute. Elle a la maladie de tout ranger.
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