Auteur : Jean-Yves Cendrey
Date de saisie : 15/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 2-87929-494-0
GENCOD : 9782879294940
Sorti le : 01/02/2007
Mickey tombe par hasard sur une émission télévisée consacrée à Jean-Yves Cendrey et à son dernier roman, Les Jouets vivants.
Revoir celui qu'il a douloureusement aimé trente ans auparavant réveille en lui des sentiments troubles. Il décide alors d'écrire un livre avec la ferme intention de rectifier cette image de "citoyen remarquable" véhiculée par la presse. A travers le portrait rageur du Cendrey d'autrefois, qui a vécu sa jeunesse entre joyeuse dépravation, coups minables et trahisons, Mickey tente de voler la vedette à celui qui finalement ne lui a jamais fait que de l'ombre. Les Jouissances du remords est tout à la fois une charge féroce contre la vie de province, une critique insolente et drôle des années 70 et une attaque en règle contre l'auteur lui-même.
Jean-Yves Cendrey est né en 1957 à Nevers. Il a publié plusieurs romans, chez P.O.L. (Principes du cochon, Les morts vont vite, Oublier Berlin...) puis à l'Olivier (Les Petites Soeurs de sang, Une simple créature). Son dernier livre, Les Jouets vivants, a connu un grand succès critique et public.
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On songe au Péril jeune, le film de Cédric Klapisch, avec une pointe de colère en plus. Cette foudre que Cendrey transporte de livre en livre, malgré le masque de l'autodérision. Le souvenir d'un père soûlard et tyrannique. D'une province rongée par la mesquinerie. Chaque publication est un procès contre eux. Et contre lui-même, qui en est le produit. Cendrey a une façon singulière de cogner les mots en s'autoflagellant. Il rosse la langue et love son lyrisme cru et sanguin dans une syntaxe cabossée. Son roman avance par flots successifs. De même que les vagues ravivent les blessures au lieu de les effacer.
Il fait nuit. Il fait froid. Je suis amer. Ce n'est qu'un début. J'étais empêché de m'y mettre. Ce n'est qu'un début à tout ce que j'ai gardé en travers de la gorge. Si les conditions pour s'y mettre étaient qu'il fît nuit, froid, et que l'heure fût à l'amertume : ces conditions sont remplies. Rien ne m'interdit plus de me répandre en indiscrétions sur cet homme que j'ai douloureusement désiré quand il approchait dix-huit ans, et qui aborde la cinquantaine sans avoir abdiqué son arrogance, sa fausseté, sa désinvolture.
En font foi à mes yeux ses récentes apparitions télévisées, des entretiens radiophoniques, des déclarations dans la presse, à propos de son dernier livre. Le saviez-vous écrivain ? Oui. Non. Peut-être. J'ai pris mes renseignements. Ce livre n'est que son premier et tardif semblant de succès. À cette fin et des semaines durant, il a rabâché son évangile promotionnel et quêté l'intérêt des foules, tels les mendiants qui se récitent aux voyageurs du métro.
Ainsi j'ai fait la découverte qu'il ne se moque pas moins du monde qu'il s'est moqué de moi il y a trente ans de cela, alors qu'il détenait le double de ma clé, qu'il avait en moi un indéfectible fournisseur d'alibis quand il cambriolait en ville, alors qu'il jouait avec les seins d'Alsace chaque fois que nous étions nus tous les trois sur la plage qui avait nos faveurs, au nord de Palmyre, et qu'il hérissait d'aiguilles de pin, sans avoir à se cacher de moi, la rude toison pubienne de celle qu'un jour j'épouserais.
Sans doute lassé de son ingratitude, il s'était dépris de moi par surprise, et sans me rendre le double de ma clé. Ce fut dès le deuxième été de notre relation, à quelques jours d'un mariage qu'il prenait à la blague. Ainsi, il déclara devant moi à Alsace qu'elle était trop joli garçon pour se laisser baguer et bientôt engrosser par un petit professeur d'arts plastiques dont lui-même s'étonnait d'avoir supporté la patience et la gentillesse. Bien sûr je me jetai sur lui, bien sûr je n'étais pas de force et ce fut moi qui roulai au sol, qui en riant le suppliai de m'épargner, tandis que je rampais sur le dos, battais des jambes, cherchais ses couilles du bout de mes orteils et les trouvai, ce dont je fus légitimement châtié.
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