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Abel

Couverture du livre Abel

Auteur : Hugo Marsan

Date de saisie : 08/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Mercure de France, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 16.00 € / 104.95 F

GENCOD : 9782715226586

Sorti le : 01/02/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Franz se penche sur le fauteuil et glisse ses bras sous les épaules et les cuisses d'Aliocha. Il s'empare de sa proie. Aliocha rit lui aussi, tourne la tête vers moi, et amplifie son rire. Il s'accroche au torse de Franz, ses bras enserrent le large cou, et - je ne rêve pas - sa joue se colle à celle du bourreau. Il m'observe du coin de l'oeil. Sans le moindre effort, Franz soulève Aliocha de son fauteuil, et tous deux s'envolent, s'éclipsent dans les ténèbres des couloirs. Longtemps leurs rires et leurs cris résonnent dans l'escalier, j'ai pensé alors : Caïn rapte Abel, il va le tuer.

Infirme de naissance, Aliocha vit reclus dans un château du sud-ouest de la France, entouré de serviteurs dévoués à sa cause qui arpentent comme des ombres les couloirs silencieux : le monde extérieur ne doit pas l'atteindre. Pour l'assister, Franz, beau et vigoureux jeune homme, lui prête ses jambes et son énergie. Ce «couple» étrange intrigue Denis, le précepteur d'Aliocha. Le sentiment de jalousie qu'il sent naître en lui le trouble... Quels liens unissent réellement Franz et Aliocha ? Quels secrets le château dissimule-t-il ?
Naissance du désir, confusion des sentiments et manipulations tissent la trame du roman d'Hugo Marsan, qui plonge avec délice au coeur des passions humaines.

Journaliste et écrivain, Hugo Marsan est l'auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont La gare des faux départs et Véréna et les hommes au Mercure de France.




  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 9 mars 2007

Roman est le mot préféré d'Hugo Marsan. Tous les romans, toutes les histoires, celles qu'on a entendues, celles qu'on se raconte dans un demi-sommeil, celles qu'on invente en croyant les avoir vécues, les plus logiques comme les plus improbables. Et dans Abel, son neuvième roman (il a par ailleurs écrit des nouvelles et des essais), il se laisse aller totalement, comme dans les deux précédents...
Le roman se déploie en quatre parties, "Thérèse", "Aliocha", "Franz", "Abel", et ce serait gâcher le plaisir de l'histoire que de dévoiler leurs liens secrets, leurs désirs, leurs folies, toute cette comédie humaine qu'Hugo Marsan adore écrire, inventer et réinventer, sans se soucier de la vraisemblance, sachant que la vie n'est pas vraisemblable. Comme souvent chez Marsan, on croise ici des hommes qui n'ont pas su choisir leur destin, et des femmes que les hommes ne comprennent pas.



  • Le message de l'auteur

Hugo Marsan - 19/03/2007



  • Le bouche à oreille des écrivains

Alain Absire - 24/04/2007



  • Les premières lignes

Raphaël enlace Thérèse pour un paso-doble endiablé : si je n'avais à retenir qu'une seule image de notre jeunesse à Puyradour, ce serait celle-là, Joaquim. Oui, une danse endiablée, c'est bien le mot. Raphaël était prêtre. Je ne sais pas si Dieu fermait les yeux sur notre trio. Nous étions si jeunes, il nous devait bien son indulgence. Le diable, lui, se léchait les babines. Pour moi, c'était un de nos rites favoris. Je me sentais plus fort quand l'abbé passait la soirée avec nous.
Je souscrivais à toutes les initiatives de ma femme. Vous décrivant la scène, Joaquim, je prends conscience de ce qu'a d'insolite, voire de sacrilège, la vision de l'abbé serrant Thérèse contre lui, sa robe légère broyée par la soutane raidie de Raphaël dont on entrevoyait les chevilles, sans chaussettes l'été, et les lourdes chaussures éculées. Les jupes étaient de plus en plus courtes. Thérèse exhibait ses longues jambes nues et, par éclairs, sa culotte de coton blanc (plus tard ses dessous de soie rose, lorsque Hugo l'aima). Nous étions heureux. Je croyais être heureux.
Sa journée finie, l'abbé venait nous rejoindre. Thérèse branchait la radio. Radio Andorre, je crois me souvenir, et entre deux chansons de Rina Ketty -J'attendrai... ton retour ou Sombreros et Mantilles... (Joaquim, le nom de cette chanteuse alors célèbre ne vous dit rien !), un orchestre jouait des tangos, des paso-doble, des valses, parfois des fox-trot. L'abbé et Thérèse dansaient. D'épaisses tentures noires camouflaient les fenêtres. Une des contraintes de la défense passive. La nuit intégrale engloutissait la ville. Je ne prêtais pas attention à l'association de ces deux mots : Défense passive ; ils résumaient notre vie d'alors. Nous tournions le dos à ce monde qui basculait dans l'horreur. Ça vous surprend ? Ne tenez pas compte du vieil homme qui vous parle aujourd'hui. Soixante ans se sont écoulés. Oubliez quelques heures ma vie présente, oubliez surtout ce que vous avez lu sur moi avant de me rencontrer. Écoutez ma voix de la nuit qui se souvient avec précision de ce temps-là.
Thérèse se détachait de l'abbé et se jetait dans mes bras. Quand nous avions trop bu, nous dansions tous les trois embrassés. Dehors c'était la guerre. Nous valsions. L'abbé et Thérèse valsaient. Je les regardais. Je les aimais, sans doute.


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