Auteur : Virginie Lou
Date de saisie : 04/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : J. Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 10.90 € / 71.50 F
GENCOD : 9782070787371
Sorti le : 01/02/2007
Une mère seule, son fils unique : étrange couple, passionnel, fusionnel, mais dont la séparation est programmée. Arno a réussi le concours d'entrée dans la classe de violon du Maestro, à Toronto. Il quitte le sud de la France et Aurélie, sa mère. Quoi de plus naturel ? Elle cache sa douleur : illégitime, incorrecte. En apparence rien n'a changé. Elle est photographe et met comme chaque année son talent au service des archéologues en campagne de fouilles dans le Rhône. Arno fait de la musique. Mais le décompte commence, une semaine, cinq jours...
Et voilà que, juste avant ce départ tant redouté, Arno l'entraîne à Marseille puis à San Remo, histoire de prendre un bol d'air italien ! Quand, à Imperia, il propose de pousser jusqu'à Rome, la mère saisit au bond cette petite folie, occasion d'une ultime complicité avec son fils.
Mais la Ville éternelle est dans tous ses états : un sommet rassemble les dirigeants de l'Empire. Et dans les rues, leurs opposants par centaines de milliers. Même scénario qu'à Gênes : les forces de l'ordre sèment le désordre. Aurélie est assommée d'un coup de matraque. Lorsqu'elle reprend conscience dans la rue déserte et dévastée, Arno a disparu. Hébétée, elle le cherche à travers la ville.
Virginie Lou, née à Poitiers, est l'auteur d'une trentaine de titres pour la jeunesse. Ses romans Éloge de la lumière au temps des dinosaures (1997), L'oeil du barbare (2002) et Guerres froides (2004) ont été publiés par Actes Sud. En 2005, De la vie et autres chienneries a paru aux Éditions Joëlle Losfeld.
Des destins malmenés, des espérances fracassées. Depuis Eloge de la lumière au temps des dinosaures (éd. Actes Sud, 1997) et De la vie et autres chienneries (éd. Joëlle Losfeld, 2005), Virginie Lou trace une route romanesque singulière, celle qui fait cheminer ensemble l'intime et le politique. Allegro furioso plonge dans le contemporain, met à nu le lien unique mère-fils. Et c'est fascinant.
Dans les empires pourrissants naissent encore des enfants, moins innocents que ceux des Pères fondateurs, moins conquérants, disons moins intoxiqués d'espoir. Ils apprennent à marcher entre les ombres des gratte-ciel qui frissonnent un matin sur leur base et s'écrasent dans la poussière, en direct de l'Histoire. Ils rient beaucoup, ces enfants-là, que faire de mieux ? Le fils d'Aurélie aimait rire, de la pointe des orteils au pic de la houppette qu'il sculptait au milieu de son front, avec du gel bleuté, quand il avait huit ans. Et plus tard il riait encore, jaune assez souvent. Il riait tout à l'heure, hier, elle ne sait plus, avant la guerre...
Il riait des jeunes filles vêtues d'un rien de drap blanc, prêtresses du Dollar juché sur une colonne en carton doré; de l'Américain Cheney en Pinocchio, son pif de césar des menteurs porté sur les épaules des soldats, en file devant lui; de l'Empereur du monde en troll, qu'un légionnaire romain embrassait sur la bouche et pelotait gravement près du Colisée, fermé aux touristes en raison des circonstances. Il riait des gueux agenouillés aux pieds de San Precario, des actionnaires gonflant à l'hélium la bulle financière, des éboueurs de la corruption qui ouvraient les vannes d'incendie sur les pieds des manifestants, rendus à l'enfance des jeux d'eaux.
Ceinturant la colline du Capitole où s'étaient réunis les dirigeants de l'Empire, des grilles jaune canari aussi hautes que les pins parasols de la via dei Fori Imperiali contenaient les manifestants à respectable distance du quartier réservé. Aurélie et Arno, immobilisés sous les murs de l'ancien forum, contemplaient en spectateurs la foule qui badinait au soleil et faisait la fortune des marchands ambulants. De tout côté fusaient des plaisanteries sur le choix du Capitole comme lieu de rencontre des dirigeants. On se montrait du doigt les quatre cartes en marbre blanc et noir, incrustées dans la muraille de brique, et représentant l'extension de l'Empire romain de Romulus à Constantin. On blaguait sur les cartes manquantes.
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