Auteur : Jean Blot
Date de saisie : 11/02/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Biographie
Prix : 18.00 € / 118.07 F
GENCOD : 9782268060590
Sorti le : 25/01/2007
Chef de file de l'école symboliste, Alexandre Blok (1880 -1921) occupe dans les lettres russes du XXe siècle, une place comparable à celle de Pouchkine au siècle précédent. Après avoir été le chantre de l'Éternel féminin, il devient celui de la révolution d'Octobre à laquelle il donne son plus beau poème : Les Douze. Il ne tarde pas à en être la victime. Par le récit de ses amours malheureuses, de sa philosophie brumeuse, de ses débauches, de son patriotisme exalté, en lui empruntant ses images et ses accents, Jean Blot nous fait entendre la voix de Blok et deviner son oeuvre. A travers le portrait de celui que l'on a baptisé le poète de la perspective Nevski, il entreprend celui de Saint-Pétersbourg au moment tragique de son histoire et s'efforce de camper la figure du poète en tant que tel.
Russe d'origine, citoyen d'honneur delà ville de Saint-Pétersbourg, Jean Blot est l'auteur de nombreux romans et essais dont plusieurs consacrés au pays et à la littérature de ses ancêtres - en particulier, paru aux éditions du Rocher en 2005, Le soleil se couche à l'Est. Son livre est d'autant plus personnel que Jean Blot est un pseudonyme auquel l'auteur a dû recourir parce que son vrai nom est Alexandre Blok.
«A Saint-Pétersbourg, nous nous retrouverons.»
L'homme se dépasse par deux chemins. L'un conduit vers Dieu, l'autre vers l'Idéal. Il arrive rarement à l'un, jamais à l'autre. Le plus souvent il se trompe de chemin, et au croisement prend l'un pour l'autre. Bientôt, il s'arrête éperdu, dans la confusion. Mais parce qu'il ne peut rester en place, il lui faut poursuivre. Pétersbourg est le lieu de cette nécessité et de cette confusion.
La ville n'est jamais où l'on se trouve, mais ne cesse de faire signe au coin de la rue. Elle est peuplée de pas qui s'éloignent, de voix qui s'éteignent, de phrases interrompues. Elle est pareille à ces noms que l'on cherche et que l'on n'a pas oubliés puisqu'on sent leur présence et qu'ils promettent qu'on va les retrouver. Par eux, l'absence fait signe ou même adresse un clin d'oeil. Pétersbourg est la capitale de l'absence - non pas le vide, mais une présence effacée ou un écho muet qui sont là à leur manière et composés par les réminiscences de ceux qui sont partis pour une heure ou pour toujours, en claquant la porte ou en faisant signe du mouchoir ou de la main et, le plus souvent, un pauvre sourire sur les lèvres.
Ils ne sont pas devenus des fantômes. S'ils hantent la ville, c'est contre leur gré. Ils sont entrés dans l'indifférence qui est, sinon la nature, au moins l'humeur et le coloris de ceux qui incarnent la contradiction de n'être pas là. Car enfin s'ils n'y sont pas, c'est qu'ils sont ailleurs - puisqu'ils sont. Mais comment, où, selon quel mode, par quelle forme et quel dessin ? Qui sont-ils ceux qui n'habitent ni l'espace, ni le souvenir et pèsent pourtant à la manière d'une prémonition inspirant un sentiment qu'on ne peut saisir, dont on ne peut se défaire ? Parce que la ville est composée de pierres et d'eau, que le ciel est loin, que la lumière y est étrangère et comme venue d'un astre oublié ou inconnu, que les canaux ou le fleuve coupent le chemin
- on interroge les reflets. À tort ; en vain. L'eau est sombre et opaque. On n'y trouve pas la figure de l'absence.
Non, c'est de Double qu'il s'agit. La notion n'est pas claire, j'en conviens. Et pourtant...
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