Auteur : André Giovanni
Date de saisie : 10/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Privat, Toulouse, France
Collection : Art et littérature
Prix : 17.00 € / 111.51 F
GENCOD : 9782708958487
Sorti le : 18/01/2007
Loin des tourments de la Seconde Guerre mondiale, Stavros Zerguine mène, après des études aux Beaux-Arts, J une carrière de peintre à Montmartre. Esthète en quête de vérité, il est influencé par les oeuvres de Gérard de Nerval, dans lesquelles il reconnaît ses propres tourments métaphysiques, son désespoir et ses tentations suicidaires. En utilisant exclusivement la couleur noire pour ses toiles, il tente avec obstination, malgré de nombreux échecs, de créer ex nihilo. Son ami, Angelo Rapacci, peintre amoureux de la vie, de la couleur et des femmes, l'emmène à Venise, dont il est originaire. Stavros y découvre les sources d'un grand humanisme, mêlé de foi chrétienne. Il y rencontre Celia, une jeune femme qui le fascine par sa beauté et son intelligence.
Avec ce roman, André Giovanni nous transporte au coeur d'une recherche picturale pleine d'espoir et nous entraîne dans un voyage initiatique sur les chemins de la beauté.
Philosophe, journaliste, André Giovanni est directeur de revues culturelles et scientifiques [Santé Magazine).
Poète, son oeuvre a été couronnée en 1994 par le prix Pouchkine et le grand prix de l'Académie des provinces françaises.
Écrivain, il a déjà publié, entre autres : L'Offrande à la Corse (Éditions Albatros, prix France-Méditerranée, 1987 ; prix Edmond-Haraucourt, 1989), Cérémonial sur les falaises (le Cherche Midi, 1991), La Tentation de Ludovic Stroke (Éditions du Rocher, 1992) et Ulysse ou le Bonheur retrouvé (Éditions du Rocher, 1993).
L'appel de Gérard de Nerval
Dès les premières lueurs du matin, pour la vingtième fois - peut-être la vingt et unième ? -, Stavros Zerguine reprit ses pinceaux. La toile était devant lui, dans la bonne lumière. Il s'avança, recula, plissa les yeux, revint sur son oeuvre, qu'il flaira comme un cuisinier qui douterait de sa recette et de la juste alliance des épices.
Il regarda sa palette avec suspicion. Les pâtes colorées, des plus lumineuses aux plus sombres, aux plus noires, le narguaient avec une insolence insupportable, dans l'attente d'être choisies, mêlées, travaillées, pour s'étaler et chanter sur la toile. Elles attendaient, lourdes et molles, telles que les tubes les avaient crachées sous la pression des doigts de l'artiste. Horreur ! Elles semblaient heureuses d'être informes, comme les âmes médiocres se rengorgent de leur insanité, de leur bêtise. Il entendit, au fond de lui, une voix qui l'interpellait : - Alors l'artiste ? Que feras-tu pour les tirer de leur inertie ? En les mêlant, en les mariant, en les juxtaposant selon des accords charnels, pourras-tu les sortir de leur sommeil léthargique jusqu'à les éveiller à l'Esprit ?
Stavros, pour se remettre en train et chasser les miasmes d'une nuit d'insomnie qui lui brouillait les yeux, avala une tasse de café noir carabiné. Chaque jour, il le préparait dans une vieille et gigantesque cafetière au bec majestueux, plus chantourné qu'un col-de-cygne. Il usait avec gloriole de cette potion énergétique :
- Quand ça va mal, disait-il, je prends «un coup de Balzac» ! Et hop ! je suis d'aplomb. C'est mieux que du beaujolais !
Stavros avait depuis de nombreuses années banni l'alcool, dont il avait abusé dans sa jeunesse, avec d'autres rapins. Il faisait souvent maigre, plus par économie que par goût. Il entretenait ainsi son corps dans une gênante fébrilité. Sa main, qui ne l'avait jamais trahi, avait de furtifs tremblements, qu'il attribuait aux irrépressibles spasmes de l'artiste que visite l'inspiration.
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