Auteur : Patrick Cabanel | André Encrevé
Date de saisie : 09/02/2007
Genre : Education, Pédagogie
Editeur : INRP, Lyon, France
Prix : 11.00 € / 72.16 F
GENCOD : 9782734210665
Sorti le : 27/01/2007
Au temps de l'interdiction du protestantisme, au xviiie siècle, les futurs pasteurs français étaient formés dans un séminaire clandestin installé à Lausanne. En 1809, Napoléon choisit de créer une faculté de théologie protestante dans le Midi réformé, pour éviter aux étudiants d'avoir à gagner Strasbourg ou Genève. Il écarte Nîmes, jugée trop remuante, et fixe son choix sur Montauban.
Le chef lieu du Tarn-et-Garonne, au brillant passé protestant, accueille pendant plus d'un siècle cette faculté unique en France, si l'on excepte Strasbourg (puis Paris, à partir de 1877). Elle a attiré des étudiants et des professeurs de toute la France. Parmi les premiers, on peut citer les frères Reclus; parmi les seconds, Raoul Allier, qui allait être un proche de Péguy, ou Emile Doumergue, le biographe de Calvin. En 1919, la faculté a été transférée à Montpellier, où elle se trouve toujours.
De Luther à la loi Debre : PROTESTANTISME, ÉCOLE ET LAÏCITÉ
par Patrick CABANEL et André ENCREVÉ
Il est clair que le protestantisme entretient un rapport particulier avec l'éducation. En effet, en insistant sur l'obligation de connaître la doctrine chrétienne non plus par transmission orale mais par l'intermédiaire de la lecture de la Bible, Luther, comme l'écrivent François Furet et Jacques Ozouf, «rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible». En insistant sur le principe dit du sola scriptura, dans le but de s'opposer à toute une série de doctrines et de pratiques catholiques qu'il regarde comme contraires au christianisme, Luther demande, naturellement, une étude approfondie de la Bible. De plus, la doctrine du sacerdoce universel induit, elle aussi, un accès direct à la Bible pour tous les fidèles. D'ailleurs, dans son célèbre appel Aux magistrats de toutes les villes allemandes pour les inviter à ouvrir et à entretenir des écoles chrétiennes, Luther insiste beaucoup, dès 1524, sur l'importance de l'instruction et sur la nécessité d'une forte culture classique, non pas dans un but simplement scientifique, mais comme instrument au service de l'Eglise et de l'État, puisque, selon lui, un État sera beaucoup mieux gouverné par des hommes instruits que par «des butors et des rustres». Il souligne l'importance d'une bonne connaissance des langues anciennes, l'hébreu, le grec et le latin, seule façon selon lui de parvenir à une véritable connaissance de l'Évangile :
«[...] bien que l'Évangile soit venu et vienne chaque jour par le Saint-Esprit, c'est néanmoins par le moyen des langues qu'il s'est répandu, et c'est aussi par ce même moyen qu'il doit être conservé. [...] Qu'on le sache bien, sans les langues nous ne conserverons certainement pas l'Évangile. Les langues sont les fourreaux dans lesquelles est logée cette lame de l'Esprit. Elles sont le coffre dans lequel on porte ce trésor. Elles sont le vaisseau dans lequel on enferme ce breuvage. Elles sont les celliers où l'on resserre cette nourriture».
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