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Gazelle

Couverture du livre Gazelle

Auteur : Rikki Ducornet

Traducteur : Guy Ducornet

Date de saisie : 12/02/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : J. Losfeld, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 17.90 € / 117.42 F

ISBN : 2-07-078705-2

GENCOD : 9782070787050

Sorti le : 01/02/2007


  • La présentation de l'éditeur

Gazelle retrace l'histoire d'Elizabeth, une jeune Américaine dont les émois adolescents se sont éveillés dans le climat exotique du Caire des années cinquante.
Sa mère, d'une grande beauté, quitte la maison familiale pour mener une vie de liberté peuplée d'amants. Son père, un historien, tente de cacher son désespoir en se perdant dans un monde constitué de soldats miniatures. Les fantasmes de la jeune fille sont exacerbés par une édition imagée des Mille et Une Nuits, qui l'entraîne dans l'imaginaire d'un ami de son père, Ramsès Ragab, un homme intelligent, sensible et mystérieux, un parfumeur qui lui fait découvrir les mystères des hiéroglyphes et l'art des senteurs exotiques.
Dans ce texte d'une grande sensualité, dont la prose révèle toute la magie de l'Orient, Rikki Ducornet dévoile moins la douleur et les angoisses d'une adolescente que la difficulté qu'ont certaines femmes à aborder dans leur corps et dans leur esprit l'approche de la maturité.

Rikki Ducornet a vécu en Afrique du Nord, en Amérique du Sud, en France, au Canada et réside maintenant aux Etats-Unis. Elle connaît du succès à la fois comme peintre et comme romancière. Elle est l'auteur de deux recueils de nouvelles, de cinq livres de poésie et de sept romans dont Le jeu d'échecs en ivoire, Les feux de l'orchidée, Phosphore au pays des rêves, et L'éventail du marquis de Sade, dont la réédition est prévue aux Editions Joëlle Losfeld.



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  • La revue de presse Christine Jordis - Le Monde du 9 février 2007

" Gazelle a surgi d'un souvenir, d'une silhouette de femme à peine vêtue qui se déhanchait en haut d'un escalier", raconte Rikki Ducornet. Dans ce roman, cette femme devient le personnage de la mère, fascinée par sa propre beauté stupéfiante, terrifiée par le temps qui la dégrade. Les rêves, l'inconscient, le souvenir...
Mais elle est aussi, elle fut d'abord un peintre...
Elle prépare pour le mois de mai une exposition à Cambridge, dans l'Etat du Massachusetts. Les deux activités se stimulent l'une l'autre. Gazelle est, au reste, ponctué de dessins étranges qui semblent faire écho à ceux de l'Egypte ancienne, aux hiéroglyphes sur les parois des tombeaux, aux mythes et à la magie dont le mystère imprègne l'initiation de la jeune Lizzie, sa découverte des zones obscures de l'être et de l'amour. Vipère, oeil et larmes pour les dessins et, dans le texte, l'évocation de fragments brisés, de tapis écornés, de bouts de corps retrouvés dans le sable, de momies disséquées : ces signes de l'absence et, aussi, de la dégradation, de la fuite du temps, de la mort.



  • Les premières lignes

Le jeu d'échecs en ivoire

Ce qui attirait Père vers les échecs, c'était son goût pour la tranquillité, sa rage refoulée et le crédit qu'il accordait aux institutions, aux archétypes et aux comportements pondérés. Le jeu d'échecs justifiait ce qu'il aimait par-dessus tout : penser à penser. Il appelait cela l'esprit combattant.
Père habitait un espace d'une quiétude si désincarnée que ses étudiants égyptiens l'avaient surnommé (affectueusement, je pense) «Son Altitudesse». Devant l'échiquier, Père pouvait se permettre de prendre des décisions totalement dénuées d'influence sur un monde extérieur qui lui échappait de toute façon, tout en entrant en conflit, sans violence aucune, avec lui-même ou avec autrui. (Sa phobie des voyous était clairvoyante puisqu'une décennie plus tard il se ferait chahuter par une poignée de maoïstes qui le traiteraient publiquement de «Sac-à-vent»; leur intention évidente de le blesser affichant, il faut bien le dire, leur réaction à cette qualité diaphane qu'il avait déjà en Egypte : un pédantisme enraciné dans sa timidité.)
Père était un guerrier en chambre, un doux intellectuel qui rêvait de Raison dans un monde chroniquement et mortellement déraisonnable. Il avait la conversation parcimonieuse et citait volontiers sa maxime favorite de Wittgenstein : «Gardons le silence sur l'indicible.» Mais quand il lui arrivait de s'exprimer, il le faisait d'une voix si éteinte que même ses familiers devaient le prier de se répéter. Lors de sa résidence d'un an à l'Université américaine du Caire comme titulaire d'une bourse Fulbright, des étudiants étaient un jour venus à l'un de ses cours avec des cornets acoustiques (dénichés au Bazar) qu'ils s'étaient collés aux oreilles à un signal convenu. (Dans son sommeil, en revanche, Père grinçait si fort des dents que Mère rêvait de sites industriels : cimenteries, ballastières et briqueteries.)


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