Auteur : Cynthia Ozick
Traducteur : Agnès Desarthe
Date de saisie : 29/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 2-87929-227-1
GENCOD : 9782879292274
Sorti le : 08/02/2007
Ruth Puttermesser est une fonctionnaire américaine, placardisée par sa hiérarchie.
Pour laver son humiliation, elle crée un golem et, avec son aide, conquiert la mairie de New York. Sa carrière sera de courte durée... et plus dure sera la chute. Mais voici que Puttermesser tombe amoureuse d'un faussaire, ce qui n'est guère surprenant - ne se prend-elle pas elle-même pour George Eliot ? De nouveau, la désillusion succède à l'illusion. Et si Puttermesser se fait un sang d'encre, c'est qu'elle n'est peut-être rien d'autre qu'une créature de papier pour qui seul existe l'imprimé.
Entre Kafka et Cervantès, le roman victorien et l'imaginaire juif, Cynthia Ozick invente une mythologie moderne à l'humour dévastateur, une fable sur le pouvoir des mots et la folie de l'écriture.
Cynthia Ozick est née dans le Bronx en 1928. Elle a publié des recueils de nouvelles - Le Rabbi païen, Lévitation, Le Châle -, des romans - Le Messie de Stockholm, La Galaxie cannibale, Un monde vacillant qui a rencontré un grand succès critique et public - et des essais sur la littérature anglo-saxonne. Lauréate de la fondation Guggenheim, de l'American Academy and National Institute for Arts et du O'Henry Prize, elle collabore régulièrement au New Yorker et au New York Times.
Quand une Icare en jupon veut échapper à la pesanteur du réel en vivant des aventures littéraires. Quand on pousse la porte du monde de Cynthia Ozick, il faut accepter qu'une héroïne s'appelle «couteau à beurre», sans que cela paraisse ridicule, ou qu'un golem conquiert en quelques semaines la mairie de New York. Il faut écouter les mensonges du narrateur, qui ne manque jamais une occasion de nous mener en bateau. Enfin, il faut prendre le risque de se retrouver les quatre fers en l'air, sous le choc d'une chute vertigineuse. L'auteur du Châle et d'Un monde vacillant écrit des romans sans fond, qu'on pourrait relire indéfiniment, leur découvrant sans cesse de nouveaux méandres, de nouvelles lumières. Les Papiers de Puttermesser est une comédie mi-grisante mi-sinistre en cinq actes, que Cynthia Ozick a écrite progressivement, de manière à grandir en même temps que son héroïne.
Pourtant, Les Papiers de Puttermesser ne s'envisage jamais comme une légende. Cynthia Ozick l'a écrit comme un long reportage qui mène une femme d'un bureau étroit aux portes du paradis...
Le golem de la légende appartient à une époque ancienne où les miracles relevaient encore du mythe. Celui de Cynthia Ozick apparaît telle une évidence à laquelle l'auteur apporte toute sa rigueur journalistique pour nous montrer à quel point la mystique se révèle une solution pragmatique pour agir sur les problèmes du monde. Très peu de romanciers américains sont parvenus à intégrer avec autant de maturité et d'intelligence que Cynthia Ozick la tradition juive dans leur fiction. Le judaïsme brouille sans cesse la dualité entre le rationnel et l'irrationnel. Que ce soit dans la Bible, les commentaires ou le Talmud, les fables ou les paraboles ne sont jamais considérées comme relevant du domaine du fantastique.
La petite fée de la littérature américaine nous entraîne dans un univers enchanté et surréaliste où cohabitent de vieilles légendes juives et le New York d'aujourd'hui. Chagall dans le Bronx...
Derrière cette histoire délirante, au dénouement sinistre, Cynthia Ozick dissimule une parabole passablement amère. Et fustige une époque où les rêveurs de la trempe de Ruth Puttermesser n'ont plus leur place, parce que les utopies ont été balayées de nos horizons. Un constat assez réaliste, dans un roman surréaliste qui risque de déconcerter les esprits cartésiens.
Puttermesser avait trente-quatre ans, elle était avocate. Elle était aussi vaguement féministe, sans excès, simplement elle n'appréciait pas qu'on mette «Miss» devant son nom ; elle trouvait cela ouvertement sectaire ; elle désirait être un avocat parmi d'autres. Bien qu'elle ne fut pas vierge elle vivait seule, surtout par habitude - dans le Bronx, sur Grand Concourse, parmi les parents vieillissants de gens qu'elle ne connaissait pas. Les siens étaient allés s'installer à Miami Beach. Dans une paire de pantoufles en fourrure qu'elle avait depuis le collège, elle rôdait dans l'appartement interminablement labyrinthique qui l'avait vue grandir ; ses partitions jaunies, toujours en tas sur le piano droit, portaient les croix que son professeur y avait inscrites pour lui indiquer jusqu'où elle devait travailler ses morceaux. Puttermesser en faisait toujours un peu plus que ce qui lui était demandé ; à l'école aussi. Ses professeurs disaient à sa mère qu'elle était «extrêmement motivée», «remarquablement performante». Elle possédait, de plus, une «forte pulsion épistémique». Sa mère notait toutes ces choses dans un carnet, elle l'avait toujours sur elle, et l'emporta en Floride au cas où elle mourrait là-bas. Puttermesser avait une soeur cadette qui était, elle aussi, extrêmement motivée, mais elle avait épousé un Indien, un pharmacien parsi, qu'elle avait suivi à Calcutta. Sa soeur avait déjà quatre enfants et sept saris dans des étoffes variées.
Puttermesser poursuivit ses études. À la faculté de droit, ils la traitaient de bûcheuse, obsédée par la compétition, d'égocentrique possédée par la soif de se mettre toujours plus en avant. Mais l'ego n'avait rien à voir là-dedans; elle cherchait à résoudre quelque chose, sans savoir quoi.
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