Auteur : Daniel Woodrell
Traducteur : Frank Reichert
Date de saisie : 17/02/2007
Genre : Policiers
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Thriller
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 2-7436-1613-X
GENCOD : 9782743616137
Sorti le : 03/01/2007
Jessup Dolly s'est éloigné au volant de sa Capri bleue sur la route creusée d'ornières en abandonnant à leur sort ses trois enfants et une épouse qui n'a plus toute sa tête.
II a promis de revenir avec un sac bourré de billets. Or Jessup n'est jamais revenu. Dans la maison isolée, les placards sont vides et il fait froid. Ree, l'aînée âgée de seize ans, veille comme elle le peut sur le reste de la famille. Elle ne tarde pas à apprendre que son père a bénéficié d'une mise en liberté conditionnelle moyennant une hypothèque sur sa maison et ses terres. S'il ne se présente pas au tribunal le jour du jugement, les Dolly seront sans toit, au coeur de l'hiver.
Alors, telle une héroïne de Dickens, Ree prend la route et affronte la neige, la nuit, le froid, et surtout l'hostilité des autres membres du clan Dolly qui n'aiment pas les questions. En quête de son père, ou de son cadavre. Peut-être est-ce effectivement un cadavre qu'elle cherche, car Jessup était " le meilleur fabricant de blanche " du coin et sa disparition doit être liée à ce douteux trafic.
Huitième roman de Daniel Woodrell, Un hiver de glace est le récit de l'odyssée poignante d'une mère Courage de seize ans à travers les paysages désolés des Ozarks. La beauté âpre du style de Daniel Woodrell illumine les brefs moments où le contact physique, la solidarité, la fraternité viennent humaniser un monde fruste et dur dans lequel chacun lutte pour sa survie. On ne peut qu'être bouleversé à la lecture de ce livre signé par un grand écrivain que James Ellroy juge " totalement brillant ".
C'est un récit bref au regard de la production ambiante, mais d'une densité qui vous laisse sur le flanc...
Un hiver de glace est le huitième roman de Daniel Woodrell publié ici. C'est une chance, car l'Américain a souvent été tenté de jeter l'éponge, face à l'absence de succès, et on doit sa persistance en grande partie à James Ellroy, qui l'encense à la moindre occasion. On comprend pourquoi : il y a chez Woodrell un souffle, une intensité, une ambition aussi, qui se défient de la prise de risques avec un absolu panache.
Debout au point du jour sur les marches froides de son perron de devant, Ree Dolly sentit venir des rafales et vit la viande. Elle pendait à des arbres de l'autre côté du ruisseau. Les carcasses de chair pâle suspendues aux branches basses des sapins luisaient d'un éclat graisseux dans les jardins adjacents. Trois baraques bancales et décrépites s'alignaient comme agenouillées sur la rive opposée et chacune présentait au moins deux torses écorchés dodelinant au bout d'une corde à des rameaux dépouillés, venaison abandonnée deux nuits et trois jours aux intempéries afin que le premier stade de la putréfaction pût bonifier leur saveur et attendrir cette chair jusqu'à l'os.
Des nuages de neige avaient remplacé l'horizon, coiffant sombrement la vallée, et un vent coupant soufflait, tant et si bien que la viande accrochée tourbillonnait aux branches sautillantes. Ree, brunette de seize ans à la peau laiteuse et aux yeux verts effrontés, se tenait face au vent, bras nus dans sa robe frémissante au tissu jauni, les joues en feu comme après une paire de claques. Elle se dressait toute droite dans ses rangers, la taille fluette mais les bras et les épaules charnues : un corps fait pour bondir au-devant des besoins. Elle flaira le givre et l'humidité dans les nuages menaçants, songea à sa cuisine sombre et à son placard misérable, jeta un regard sur la maigre pile de bois et frissonna. Le temps promettait de geler raide comme bois la lessive accrochée dehors et elle allait devoir tendre des cordes à linge dans la cuisine, au-dessus du poêle ; le piètre tas de petit bois qu'elle avait disposé dessous ne durerait pas assez longtemps pour sécher grand-chose, sinon les dessous de maman et quelques T-shirts des garçons. Ree savait qu'il ne restait plus d'essence pour la tronçonneuse, de sorte qu'elle devrait manier la hache dehors pendant que l'hiver soufflerait dans la vallée et s'abattrait tout autour d'elle.
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