Auteur : Joseph Joubert | Jean Mambrino
Date de saisie : 14/06/2007
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Arfuyen, Paris, France
Collection : Les carnets spirituels, n° 55
Prix : 14.00 € / 91.83 F
GENCOD : 9782845901001
Sorti le : 01/02/2007
Lorsque Chateaubriand publie pour la première fois en 1838, quatorze ans après la mort de Joubert, des extraits de ses Carnets, il n'hésite pas à proclamer «la puissance de son génie». Bien d'autres auront le même jugement. Pourtant, aujourd'hui encore, cette oeuvre reste méconnue. Le but du présent ouvrage est de la faire découvrir dans sa dimension profonde, d'ordre proprement spirituel. Présentés et choisis par Jean Mambrino, les textes ici publiés s'inscrivent dans cette perspective nouvelle et passionnante. Le propos de Joubert dans ses Carnets est, en effet, d'une ambition immense. Le titre prévu dit l'ampleur du projet : «Je l'intitulerai : De l'Homme». Joubert définit le style qui sera le sien : «Mettre toujours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot.» Quant à sa pensée, une phrase la résume : «Pour créer le monde un grain de matière a suffi, car tout ce que nous voyons, cette masse qui nous effraye, n'est rien qu'un grain que l'éternel a mis en oeuvre. (...) Mais ce grain de matière où était-il ? Il était dans le sein de Dieu, comme il y est présentement.» Nourrie d'une expérience intérieure riche et subtile, la pensée de Joubert est naturellement tournée vers la méditation spirituelle : «Je me disais autrefois, si à l'extrémité du monde matériel on étendait son bras, où aurait-on sa main ? Dans Dieu ! Eh bien ! nous y sommes.» Au seuil des temps modernes, ce grand méditant avait déjà entrevu le chaos dans lequel nous sommes ballottés, lorsqu'il évoque «ces temps où les événements n'ont pas de liaison connue, n'ont pas une juste étendue, mais sont rapides, sont subits, et se croisent comme des éclairs, et se chassent comme des flots». Pour arriver à l'existence véritable, Joubert nous appelle à rechercher «le repos dans la lumière». Car nous baignons de toutes parts dans l'éternel : «L'éternité, nous y touchons en arrière et en avant de nous.» Entre l'obscurité et la lumière, entre notre âme et Dieu, le passage se fait par une boucle admirable : «La lumière qui vient de l'âme peut seule éclairer notre esprit. Mais la lumière qui vient de Dieu peut seule éclairer l'âme.» Éclairement aussi naturel qu'intérieur : «On sent Dieu avec l'âme, comme on sent l'air avec le corps.» Pour autant, Joubert se garde de tout sentimentalisme mystique. Il souhaite laisser sa part à la pensée, part essentielle : «Penser à Dieu, souligne-t-il, est une action.» De la pensée, rien ne se perd : «Où vont les pensées ? Dans la mémoire de Dieu.» Dieu est lui-même notre suprême mémoire : «Dieu est le lieu où je ne me souviens plus du reste.» Joubert se souvient des confidences divines faites aux prophètes (Isaïe, Osée...), les renouvelle et presque les dépasse : «C'est en effet de la volonté de Dieu que les affligés se consolent, et lorsqu'ils veulent s'abandonner à leurs chagrins, il les console malgré eux.» L'amour, qui dépouille finalement de tout, rend l'âme infiniment légère et infinie. «Quand tu auras perdu ton unique bien, il te reste encore le bien que tu peux faire aux autres.»
Nous ne sommes pas ici dans la catégorie du journal intime ou dans celle du recueil d'aphorismes. Ni tout à fait moraliste ("La bonté nous rend meilleur que la morale"), ni encore philosophe mais déjà métaphysicien, Joubert s'y montre un admirable poète de l'espace en même temps qu'un penseur marqué par le platonisme et le christianisme...
Jean Mambrino, avec beaucoup de délicatesse, a choisi quelques magnifiques et brefs éclats de cette pensée en perpétuel mouvement et dilatation. Il a privilégié la veine spirituelle : "Avec Dieu, écrivait Joubert peu d'années avant sa mort, il ne faut être ni savant ni philosophe, mais enfant, esclave, écolier, et tout au plus poète."
1776
On peut à force de confiance mettre quelqu'un dans l'impossibilité de nous tromper.
Un homme qui ne montre aucuns défauts est un sot ou un hypocrite dont il faut se méfier.
La peine de voir un autre mieux traité que soi n'est pas toujours jalousie.
1777-1778
Ayons pour les morts cette pitié de ne rien faire de ce qui eût pu les affliger s'ils eussent pu le prévoir.
Printemps 1783
Hésiode. «Au temps du chant de la cigale... alors les femmes sont folâtres, les hommes abattus et mols... le vin est bon et les chèvres sont grasses.»
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