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Têtes interverties

Couverture du livre Têtes interverties

Auteur : Leonid Moiseevic Girsovic

Traducteur : Luba Jurgenson

Date de saisie : 27/02/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude

Collection : Poustiaki

Prix : 22.50 € / 147.59 F

GENCOD : 9782864324928

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Têtes interverties est un roman policier. Au début des années quatre-vingt, après un an passé en Israël, le narrateur, un jeune violoniste russe originaire de Kharkov, est engagé comme co-soliste dans l'orchestre d'opéra d'une grande ville d'Allemagne de l'Ouest, Zickhorn. Par un incroyable concours de circonstances, il découvre que son grand-père - également violoniste et qui, pour sa famille, avait été fusillé par les Allemands en 1941 -, a travaillé dans l'orchestre de Rotmund en 1943, protégé par le grand compositeur nazi Gottlieb Kunze. Les recherches qu'il tente alors auprès des proches de Kunze l'entraînent dans un labyrinthe où de nouvelles énigmes et des révélations, notamment sur sa propre famille, l'attendent à chaque pas.
Nous recommanderons au lecteur de ne pas chercher Zickhorn sur la carte. Il serait vain aussi de se plonger dans des encyclopédies en quête de la biographie de Kunze, malgré toute la vraisemblance de ce personnage, enraciné dans la vie musicale du IIIe Reich et le destin de l'Europe, ami de Goebbels, rival de Strauss, cible des critiques de Stravinski, auteur de l'opéra Les Têtes interverties auquel Thomas Mann empruntera son titre pour un de ses livres.
Sous cette forme captivante, l'auteur, lui-même premier violon à l'opéra de Hanovre, enchevêtre sur un mode humoristique sa méditation sur l'exil, la question des origines et l'histoire de la culture européenne.




  • Les premières lignes

J'ai été fortement tenté d'en finir avec cette fripouille, dit von Koren, mais vous avez crié au moment où je tirais et je l'ai manqué.
Anton Tchékhov, Le Duel.

«Tschù-uss», fit une Allemande en prenant congé d'une autre Allemande. On aurait dit le sifflement d'un train sur le point de partir.
D'ailleurs, elles se ressemblaient comme deux locomotives. Du moins, aux yeux d'un humain. Une espèce d'Allemande très répandue parmi les mères de mes élèves : la même tête soignée couleur de lin, la même fourrure parfumée, le même soleil hivernal sur des joues de quadragénaire. Quand on a envie de tout oublier, quand on n'en peut plus de n'être pas comme tout le monde, on se met à jalouser leurs maris.
C'est exactement sur la même voix, une tierce au-dessous, que les Israéliennes vous chantaient leur «chalom». Curieusement, en Israël, cette intonation chantante incarnait pour moi l'Orient. C'est sur ce ton justement que ma veuve Irina, en secondes noces Lissovski (un nom assez connu dans les sphères musicales, oui, oui, c'est bien ce Lissovski-là), me chanta un beau jour son «chalom» en hébreu, d'une façon qui ne nous était familière ni à elle ni à moi, histoire de me faire comprendre que je ne comptais plus pour elle. Cela signifiait que sa décision - pour moi, un coup de tonnerre dans un ciel bleu -était irrémédiable. Les maris apprennent ce genre de choses en dernier, c'est vieux comme le monde.

Au début, vague connaissance croisée dans les salles d'attente de diverses administrations israéliennes chargées de l'immigration, il cessa bientôt d'être un simple mortel et devint une personnalité en vue. Chef d'orchestre de son état, il connut une ascension rapide (imméritée, d'après certains), et au moment où, comme on dit, il approchait du penthouse, Irina Berkovitch devint Irène Lissovski. N'allez pas en conclure que mon nom est Berkovitch : en Union soviétique, les femmes préfèrent les noms retentissants de leurs pères à ceux, méprisables, de leurs époux.


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