Auteur : Jacques Bouveresse
Date de saisie : 30/03/2007
Genre : Philosophie
Editeur : Agone éditeur, Marseille, France
Collection : Banc d'essais
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 2-7489-0068-5
GENCOD : 9782748900682
Sorti le : 13/01/2007
Tout en se disant incroyants, certains intellectuels se posent aujourd'hui en défenseurs de la religion au nom de choses comme le besoin de sacré et de transcendance, ou le fait que le lien social ne peut être, en dernière analyse, que de nature religieuse. Mais ce que l'on observe actuellement correspond sans doute moins à un "retour du religieux" qu'à ce que Musil appelait la "nostalgie de la croyance", qu'une époque par ailleurs foncièrement incroyante a une tendance fâcheuse à confondre avec la croyance elle-même.
Et ce à quoi nous sommes confrontés est en réalité bien plus une utilisation nouvelle de la religion - dans ce qu'elle peut comporter de plus traditionnel et même de plus archaïque - par le pouvoir et la politique, qu'un renouveau religieux proprement dit. En ouvrant une brèche dans nos certitudes les plus fondamentales en matière de théorie de la connaissance et d'épistémologie, le postmodernisme a pris, consciemment ou non, le risque d'encourager les religions à s'y engouffrer, avec l'espoir de réussir à récupérer une partie de l'ascendant qu'elles ont exercé pendant longtemps sur le monde intellectuel lui-même et perdu ensuite largement au profit de la science moderne. Que vaut le " besoin de croire " ? Est il rationnel d'avoir des croyances dont nous ne pouvons rendre raison ? Toutes les croyances religieuses sont-elles respectables du seul fait d'être crues ? Les débats sur la foi et la raison valent mieux que les simplifications et les amalgames contemporains.
Pour retrouver toute la profondeur et les lignes de partage, Jacques Bouveresse engage ici une discussion serrée avec Nietzsche, Renan, James, Russell, Freud et quelques autres.
La religion serait même, à les en croire, le seul remède à la crise que traversent nos sociétés, puisqu'il semble entendu, comme le répètent depuis plusieurs années Régis Debray et quelques autres, que le lien social ne peut être que de nature religieuse. Or les arguments de ces nouveaux zélateurs de la religion ne convainquent guère Jacques Bouveresse et témoignent même à ses yeux d'une inquiétante confusion intellectuelle...
Qu'on ne s'y méprenne pas. Fidèle à la rigueur qui a fait de son oeuvre une des plus exigeantes de la philosophie française actuelle, Jacques Bouveresse - dont la réflexion se nourrit de la lecture attentive d'auteurs comme Nietzsche, Renan, James, Freud, Russell et Wittgenstein - prend la religion bien plus au sérieux que la plupart de ses nouveaux défenseurs.
Si les miracles existent, dit Pascal, Dieu existe. Si les miracles existent, lui fait écho Spinoza, Dieu n'existe pas. Qu'est-ce que cela signifie, exactement, «croire en Dieu» ? A quoi croit-on, quand on croit en Lui ?...
Détenteur au Collège de France de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance, Jacques Bouveresse se situe dans le sillage de philosophes des sciences tels que Pierre Duhem, Jules Vuillemin ou Gilles-Gaston Grangier...
De livre en livre, avec la ténacité du fils de paysan qui est la sienne, il continue à défendre en philosophie ce qu'il considère être comme un minimum syndical : le respect des prérogatives d'une raison raisonnable, l'attention au réel, le «réalisme sans métaphysique», la séparation entre les propositions vraies ou vérifiables et les propositions à l'évidence fausses, la distinction entre ce qui relève de tel concept et ce qui n'en relève pas, la rigueur argumentative, la sobriété analytique.
Notre société a besoin de croyance pour restaurer un lien social dissous par les progrès de l'individualisme démocratique. Elle le ressent d'autant plus que la science et la raison ont perdu de leur pouvoir d'attraction ou de leur suprématie. Au point que le culte de la "vérité objective" lui-même - leur requisit - se voit ramené à l'idolâtrie de l'autorité dans un univers où tout se réduit à des "constructions sociales". Ainsi peuvent être résumées les thèses auxquelles s'attaque Jacques Bouveresse dans un nouveau livre de combat contre un esprit du temps voué, selon lui, à la "pensée faible". Toujours claire, l'écriture du philosophe est sous-tendue par la colère que lui inspire une époque trop oublieuse de la pensée scientifique.
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