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Blessés

Couverture du livre Blessés

Auteur : Percival Everett

Traducteur : Anne-Laure Tissut

Date de saisie : 08/11/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Lettres anglo-américaines

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-7427-6538-6

GENCOD : 9782742765386

Sorti le : 05/01/2007


  • La présentation de l'éditeur

Voilà bien des années que John Hunt, qui a maintenant atteint la quarantaine, a choisi de se détourner de la société des hommes en allant vivre dans un ranch où, aux côtés d'un oncle vieillissant, il élève des chevaux.
Mais le fragile éden, édifié en intime symbiose avec les rythmes naturels du monde animal par ces deux hommes noirs dans le grand Ouest américain, vient à se fissurer : un jeune homosexuel est retrouvé dans le désert battu à mort, un fermier indien découvre deux de ses bêtes sauvagement assassinées, et l'inscription Nègre rouge en lettres de sang dans la neige... C'est dans ce contexte menaçant que John s'interroge sur ses choix de vie depuis la mort tragique de sa femme, sur la nature de ses sentiments envers les uns et les autres, sur les silences coupables qui couvrent, dans la région, les agissements d'un inquiétant groupe néo-nazi, sur la fin imminente de l'oncle Gus, frappé par la maladie, sur l'amour, enfin, qu'une jeune femme vient réveiller en lui...
Privilégiant une écriture de l'action qui exalte les puissances du non-dit, l'écrivain confère à ses personnages une attachante justesse et, fidèle au chemin d'écriture qu'il s'emploie à frayer au fil de son oeuvre, propose, à travers une subtile dénonciation de toutes les haines - raciale, sexuelle - qui meurtrissent l'Amérique contemporaine, une variation chargée d'enseignements sur l'humaine condition, dans toute sa bouleversante vulnérabilité.

De Percival Everett, diplômé de littérature et de philosophie, auteur de nombreux romans, directeur du département de littérature de la Southern California University Actes Sud a déjà publié Effacement (2004; Babel n° 721) et Désert américain (2005) qui ont tous deux reçu un très bel accueil critique et de librairie.



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  • La revue de presse Guillaume Chérel - Le Point du 12 avril 2007

...Everett a l'art de raconter des histoires subtiles de complexité psychologique. Il sait jouer avec les clichés et évite le happy-end hollywoodien. Dans «Effacement», premier roman qui le fit connaître en France, il évoquait les relations familiales avec brio. «Désert américain» (une histoire de mort-vivant réaliste) était plus déroutant. «Blessés», son quinzième roman, est riche en thématiques. Il y est question d'amour, de relations père-fils, de nature qu'il faut protéger et de la nécessité de vivre en bonne harmonie avec ses voisins. Ses dialogues sont drôles et il a le sens de la formule.


  • La revue de presse Bruno Corty - Le Figaro du 1er février 2007

Avec Blessés, Everett s'attaque, pour la deuxième fois après God's Country, au western, mais nous surprend en ne dynamitant pas réellement le genre. On sourit assez peu dans ce roman. En fait, on est saisi par l'habileté du romancier à multiplier les intrigues sans compliquer l'histoire...
Le roman est formidable dans sa dénonciation fine de la haine sous toutes ces formes, dans sa description subtile des rapports humains, dans son approche généreuse de la nature. Ni ange ni victime, Hunt touche par son humanité, ses doutes. C'est l'antihéros idéal pour ce faux western optimiste et touchant.


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 1er février 2007

Ses deux précédents livres, Effacement et Désert américain, des merveilles d'ironie flirtant avec la fantaisie, donnaient à lire une Amérique paquetée de contradictions - pudibonderie, racisme... Blessés, lui, se situe dans la lignée des grands romans dramatiques - un rien trop sentimental, mais aussi enivrant que l'herbe à bisons ondoyant sur les plaines du Wyoming...
Percival Everett réinvente le western, galope entre le bien et le mal, images grandioses et violences sournoises. Sa narration, d'une sensualité époustouflante, donne le vertige. Blessés, chronique d'aujourd'hui, n'est en fait qu'un roman d'amour dédié à cette sauvage Amérique.



  • Les premières lignes

Par définition, une grotte doit offrir une ouverture assez large pour qu'un humain puisse y pénétrer. Que la cavité soit le fruit de l'érosion par l'eau ou le vent, qu'elle se trouve à des kilomètres de profondeur, il faut qu'un homme puisse y pénétrer. C'est là ce que les grottes ont de terrifiant, que l'on puisse y pénétrer.
Mon chien de berger dressa l'oreille. La jument baie dont j'avais le sabot arrière gauche en main était nerveuse ; elle ne cessait de se pencher vers moi en me fouettant le visage avec sa queue. C'était une brave bête, bien élevée, mais avec l'âge elle n'avait plus la patience de garder la patte en l'air trop longtemps. A grands coups de lime, j'égalisais le pourtour d'une entaille tout près du talon, essayant d'être efficace pour écourter sa peine. Je me demandais s'il faudrait la ferrer. L'encoche, formant un arrondi bien net, n'avait rien d'inquiétant. De toute façon, je ne la montais plus guère, hormis quelques tours de manège hebdomadaires pour la maintenir en un semblant de forme physique. De nouveau, mon chien dressa l'oreille.
"C'est toi, Wallace ?" demandai-je, poursuivant ma tâche, sans lever les yeux, par un nouveau long coup de lime. Avec mon couteau, je rognai le sabot jusqu'au vif. Du pouce, je frottai la surface blanche et lisse. "Oui, c'est moi.
- C'est dur de ne pas se faire repérer quand il y a un chien, tu sais.
- J'essayais pas."
J'inspectai le sabot une dernière fois. "Je te crois. Il y a un problème avec le tracteur, Wallace ?
- Juste parce que je suis là, il devrait y avoir un problème ?"
Je lâchai le sabot et me redressai avec un cra­quement. Je songeai que j'étais dans le même état que la jument dont j'eus honte d'avoir tenu le sabot en l'air si longtemps. Mes articulations ne s'étaient jamais rappelées à moi si fort. J'observai la façon dont le sabot reprenait sa place au sol, puis frottai la hanche rouillée de la bête. "Un début d'arthrose, ma belle ? Alors, quel est le problème, Wallace ?
- Y a pas de problème.
- Pourquoi n'es-tu pas en train de tondre le pâturage, alors, Wallace ?" Par les portes de l'écu­rie, je jetai un coup d'oeil aux arbres qui bordaient le champ.


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