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La joie spacieuse : essai sur la dilatation

Couverture du livre La joie spacieuse : essai sur la dilatation

Auteur : Jean-Louis Chrétien

Date de saisie : 25/04/2007

Genre : Philosophie

Editeur : Minuit, Paris, France

Collection : Paradoxe

Prix : 27.00 € / 177.11 F

ISBN : 2-7073-1976-7

GENCOD : 9782707319760

Sorti le : 01/02/2007

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  • La présentation de l'éditeur

La joie nous rend plus vifs dans un plus vaste monde.
Comment penser cet élargissement du dehors et du dedans, et le chant neuf de ses possibles ? Et de quelle manière décrire ce que la Bible nommait dilatation du coeur, laquelle parfois se produit jusque dans l'épreuve et l'angoisse, comme si leur pression faisait naître une force à nous-mêmes imprévue ? Plus encore que les philosophes, les poètes et les mystiques ont su ce qu'il en est d'être soulevé par cette crue de l'espace, et déchiré presque par cette joie.
De saint Augustin à saint Bernard et à sainte Thérèse d'Avila, du trop méconnu Thomas Traherne à Victor Hugo, Wall Whitman, Paul Claudel et Henri Michaux, ces explorateurs de la joie spacieuse servent ici de maîtres et de guides pour ce pays qui peut s'ouvrir au détour du moindre chemin, voire au coin d'une chambre, si nous nous laissons rejoindre et traverser par sa soudaine lumière. Lourd d'histoire est le mot " dilatation ", mais riche aussi de promesse.





  • La revue de presse Pascal Bruckner - Le Nouvel Observateur du 26 avril 2007

L'auteur a ceci de singulier qu'il porte sa réflexion sur des objets habituellement qualifiés de littéraires : le secret, la beauté, la fatigue, cette fois sur la dilatation du coeur dans l'allégresse, et qu'il considère poètes, romanciers, mystiques, pères de l'Eglise comme autant de penseurs sur le chemin de la connaissance...
De saint François de Sales chantant l'union nuptiale avec Dieu jusqu'à Walt Whitman se sentant partout chez lui au sein de l'univers, dans une feuille d'arbre comme dans les étoiles, en passant par saint Augustin, Victor Hugo, Henri Michaux, Jean-Louis Chrétien scrute avec talent les différentes métaphores de l'euphorie, de l'élévation, de la plénitude dans la tradition occidentale. On est loin de la médiocre idéologie du bonheur et de la jouissance obligatoire qui font les choux gras d'une certaine pensée contemporaine. On vogue plutôt dans l'univers de l'émerveillement et de la gratitude face à la splendeur du monde, laquelle jaillit dans le majestueux comme dans l'infime puisqu'«un brin d'herbe est plus précieux que les diamants» (Thomas Traherne, ecclésiastique anglican du xviie siècle).


  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 2 mars 2007

L'étourdissante érudition de Jean-Louis Chrétien ne fait pas obstacle à l'ampleur de son souffle. Dans cet essai d'une brûlante inactualité comme dans toute son oeuvre - qui construit depuis plus de vingt cinq ans une véritable philosophie du corps et de la parole - l'usage d'une bibliothèque très vaste ne conduit pas à l'étouffement. Allègre et rigoureuse, impatiente, amoureuse, avide elle-même de ce qu'elle veut et va délivrer, l'érudition de Chrétien embrasse avec souplesse les champs de la littérature aussi bien que de la théologie et de la mystique ; la philosophie, qui est le métier de l'auteur - professeur à Paris IV-Sorbonne -, n'étant sollicitée, ici, que marginalement...
Cette dilatation ne touche pas seulement l'affectivité, mais tout aussi bien la pensée et l'intelligence, et les domaines qui s'ouvrent à la joie, et que la joie ouvre, sont virtuellement innombrables. Jean-Louis Chrétien souligne également avec force, et c'est même là l'un des axes invisibles de son livre, que cette joie perdrait sens et valeur d'ignorer ou de mépriser ses contraires : la tristesse, l'angoisse, le déchirement. De même, on ne peut parler de dilatation en taisant la dimension adverse et complémentaire du resserrement, de la contraction...


  • La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 1er février 2007

Mais qu'on n'imagine pas une «anthologie». Les variations autour de la «haute parole» de ceux qui ont su décrire l' épreuve de la joie permettent à Jean-Louis Chrétien d'esquisser, bien au-delà d'une «physique des corps», une métaphysique de la présence, d'une présence douce, où s'entend, susurré plus que proclamé, l'éloge de l'Ouvert où les hommes, plutôt que de s'imposer ou d'en imposer, de n'être soucieux que de leur force, de ne songer qu'à étendre leurs pouvoirs, auraient la «faiblesse» de porter attention au monde et à autrui, d'être réceptif à leurs promesses, de s'étendre par cette «dilatation du coeur» qui ne se réalise aux dépens de personne, qui n'ôte de place à personne et qui fait accueillir chaque matin comme une matinée de printemps.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

LA QUESTION DE L'ESPACE DANS LA JOIE ET LE DESTIN DU MOT «DILATATION»

Dès que la joie se lève, tout s'élargit. Notre respiration se fait plus ample, notre corps, l'instant d'avant replié sur lui-même, n'occupant que sa place ou son coin, tout à coup se redresse et vibre de mobilité, nous voudrions sauter, bondir, courir, danser, car nous sommes plus vifs dans un plus vaste espace, et le défilé resserré de notre gorge devient le gué du cri, du chant ou du rire déployé. Rire ou pleurer, rire en pleurant, pleurer en riant, qu'importe !, c'est la réponse au même excès de ce qui vient. Notre visage s'ouvre et notre regard s'éclaire. Qu'est-ce qui vient ? L'a venir. Mais il n'est pas seulement projeté, calculé, anticipé, imaginé, il surgit ici et maintenant, et c'est parce que cet ici et ce maintenant ne sauraient être ponctuels que tout s'élargit.
Il y va de l'inverse de ce que décrit Schiller dans l'ultime vers de son poème Le Pèlerin : Und das Dort ist niemals hier ! («Et le là jamais n'est ici !») : dans la joie, là vient ici, là est ici, et pourtant n'y vient pas jusqu'à s'y épuiser, jusqu'à y être tout entier, et c'est pourquoi il faut croître et partir. Non pas partir pour fuir l'ici, mais pour tenir la promesse que le là, ici, a fait s'ouvrir. La joie ne forme pas un état, mais un acte et un mouvement, une inchoation vive. Cet acte est l'acte commun de l'homme et du monde, il ne peut être rabattu et mis en boîte dans la psychologie ni dans une pensée du «sujet». La joie en effet donne de l'espace, du champ et du jeu, être joyeux, c'est être au large dans le grand large du monde soudain révélé comme tel, et l'épreuve de la joie est toujours une épreuve de l'espace en crue. Espace du soi, espace du monde ? Espace intérieur, espace extérieur ? Le propre de la joie est de rendre cette distinction caduque, et d'être indivisément une épreuve de soi et une épreuve du monde. Nul ne l'a mieux dit que Baudelaire, dans ces vers du «Balcon» :

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
Que l'espace est profond ! que le coeur est puissant !


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