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Les maraudeurs de l'obscur

Couverture du livre Les maraudeurs de l'obscur

Auteur : Jean Jauniaux

Date de saisie : 12/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : L. Wilquin, Avin, Belgique

Collection : Euphémie

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 2-88253-334-9

GENCOD : 9782882533340

Sorti le : 22/01/2007

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  • La dédicace de l'auteur

«J'écris depuis le jour où j'ai lu pour la première fois un roman, un vrai, sans images. C'était dans la collection Marabout Junior, une aventure de Bob Morane. Je ne garde aucun souvenir de l'histoire mais je n'oublierai jamais cette heure compulsive, passée dans la grisaille d'une maison silencieuse et triste, ce voyage fébrile (c'était dans les Caraïbes), ce foisonnement d'images, de sons, de vertiges, d'odeurs... en technicolor Panavision stéréophonique, mais surtout, le remède que j'avais enfin découvert à la solitude.

Il me reste de ces années - là - je devais avoir sept ou huit ans -, quelques feuillets, des débuts de chapitre, des idées de récit, des ébauches de personnage ou d'intrigue.

Suivirent des milliers d'heures consacrées à la lecture qui me poussaient à recouvrir des cahiers de poèmes, de dialogues de théâtre, de scénarios de film. Il me reste quelques uns de ces textes, raturés, corrigés, modifiés, parsemés de pavés d'encre noire.

Mais j'ai toujours eu la peur au ventre à l'idée de «donner à lire». J'étais dans la quarantaine quand j'ai envoyé une première nouvelle à la revue «Marginales». J'avais l'estomac noué, comme un potache au moment de l'oral. Je voulais en même temps que le texte soit refusé et qu'il soit accepté.

La nouvelle s'intitule «Haine en Wallonie». Elle figure dans mon premier recueil : «Le Pavillon des Douanes» (Editions Luce Wilquin).

Passionné de photographie, ma curiosité des autres est inlassable. C'est de la mémoire des êtres que le hasard met sur ma route, que naissent les personnages et les situations que je raconte. Par la fiction, j'essaie de restituer l'émotion qu'ils ont engendrée en moi. Tout part de ces personnages, de ces figures transformées par le temps. Dans ce nouveau recueil, ils prennent de multiples personnalités, empreintes de gravité et de mélancolie : le clochard martyrisé, le veuf inconsolé, l'orphelin éperdu, le poète trahi, le réfugié mélancolique, le chien errant...

L'écriture est le truchement idéal de l'émotion. Peut-être parce que le romanesque, et en particulier la nouvelle, encourage les excès salutaires de la sincérité.»



Jean Jauniaux



  • La présentation de l'éditeur

Après Le pavillon des douanes, dont J.-M.G. Le Clézio soulignait «la grande maturité d'écriture», Jean Jauniaux porte dans ce deuxième recueil de nouvelles un regard à la fois ému et acéré sur quelques personnages livrés à la nuit des villes. Ces maraudeurs de l'obscur ont suivi des chemins qu'ils n'avaient pas choisis. Ils ont été trahis, abandonnés, laissés pour compte. Comme c'est souvent le cas, la fiction et la réalité se mêlent, se nourrissent l'une l'autre. Rembrandt, le joueur d'orgue de barbarie, Bogdov, le poète russe exilé, Samir et Leila, réfugiés de la première guerre du Liban, Marcellin survivant des tranchées de l'Yser et les autres sont autant de figures meurtries dont le nouvelliste restitue l'humanité avec empathie.

Linguiste et cinéaste de formation, Jean Jauniaux écrit, «du plus loin qu'il s'en souvienne», des nouvelles, des poèmes, des scénarios de documentaires. Dans ses tiroirs traînent des ébauches de pièces de théâtre, des versions multiples de romans et surtout, des nouvelles. Son premier recueil de nouvelles, Le pavillon des douanes (2006), a été salué par la presse écrite et audiovisuelle.





  • Les premières lignes

LES MARAUDEURS DE L'OBSCUR

Il ne m'a pas vraiment raconte son histoire. D'ailleurs, je ne lui demandais rien. Je le laissais en paix. Comme tous mes clients. Il entrait, déposait son chapeau et se rendait directement au rayon «philosophie et linguistique». Le coin où personne ne va. C'est une vraie niche. Des livres partout, comme les parois d'une cabane.
Pas un endroit pour mes clients habituels, ça non...
Ma clientèle ? Elle vient plutôt pour les vieux romans policiers... ou pour les livres neufs vendus à moitié prix. «Tombés du camion !» si vous voyez ce que je veux dire.
Oui. Quelques touristes viennent aussi... La galerie est réputée. Elle figure dans les guides. J'ai même vu une photo de ma vitrine dans un livre japonais... C'est dire.
Les touristes, ils entrent dans la bouquinerie parce qu'ils ont un quart d'heure à perdre, ou raté un train ou un bus, ou parce qu'ils n'ont pas envie de regagner leur chambre d'hôtel.
Lui ?
Il venait tous les jours. Le matin, à midi et le soir.
Vous le décrire ? |e pensais que vous le connaissiez... Un homme ni jeune, ni vieux. Vous savez, sans âge précis. On lui donnerait, on lui aurait donné... Enfin, je ne sais pas quel temps employer ? Il faut peut-être parler de lui au passé ? Si vous m'interrogez à son sujet, c'est que quelque chose a dû lui arriver ?
Non. Ne dites rien... J'ai compris.
Je reviens à votre question. Il avait certainement dépassé la soixantaine, mais il portait les cheveux assez longs... ça le rajeunissait.


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