Auteur : Jacques-Etienne Bovard
Date de saisie : 01/02/2007
Genre : Guides et conseils pratiques
Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse
Collection : CampImages, n° 1
Prix : 42.00 € / 275.50 F
GENCOD : 9782882411860
Sorti le : 23/01/2007
LA PECHE, UN ART DE L'IMPATIENCE
Pour la plupart, pêche rime avec patience, passivité, ennui. C'est l'éternelle caricature du pêcheur en papi affalé devant sa canne, les yeux rivés à son flotteur qui ne coule jamais.
Or, à lire les récits ou à regarder les photos de Jacques-Etienne Bovard, qui rôde depuis son enfance le long des rivières et des lacs, on verra que la pêche peut se décliner en inventaire émotionnel extraordinairement contrasté et intense : le temps devient affût passionné, au seuil d'un autre monde, où se confondent la mémoire et le rêve. La rivière se livre, ou ne se livre pas, telle une femme irrésistible et insaisissable. Quel ennui ? Quelle patience ? Le pêcheur rôde, ruse, rêve, délire, jubile, explose - de joie, de fureur. Et c'est toujours un morceau de lui-même qu'il finit par ferrer, dans les clairs-obscurs où le regard se perd.
LA GRANDE BLANCHE
Il se rappelle avoir roulé-boulé pour s'éloigner des sabots, s'être même demandé sitôt après où était son cheval.
Or il faut admettre qu'il n'y a pas de cheval.
Pas cette fois-ci.
Il faut admettre qu'il est tombé tout seul, ou plutôt qu'il a été sa propre monture fantasque, et s'est désarçonné lui-même, éjecté de l'intérieur...
Son crâne tinte comme une cloche, le gros orteil gauche hurlant dans la botte muette. Rien de grave pourtant, c'est déjà une espèce de certitude, accompagnée d'une curieuse envie de rire - mais attention à cette euphorie d'après choc. Nom, prénom, date de naissance, plaques minéralogiques...
C'est bien lui. Merci l'épais bonnet de laine roulé sur le front, qui a absorbé la moitié du coup. À part ça, on est le premier dimanche de mars, à trois cents mètres de l'embouchure de la Venoge, au petit matin de l'ouverture de la pêche. Tout va bien. Ne manquent que ces saletés de lunettes...
Mais se peut-il que ce soit moi ce type à quatre pattes qui tâtonne dans le noir ? Ce divagant qui n'a pas songé seulement à ralentir le pas ?
Des deux mains prudentes, il sonde circulairement, palpe le sous-bois aussi loin qu'il peut allonger les bras. Difficile, les paumes encore cuisantes, de détecter le filiforme objet parmi les brindilles et les feuilles glacées. Avancer, et risquer de mettre le pied ou le genou dessus ? Le mieux serait évidemment d'attendre le jour. Au pire, il y aura la vieille paire de secours dans la voiture, mais alors que de temps perdu, nom de Dieu !
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