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Nuit et brouillard : un film dans l'histoire

Couverture du livre Nuit et brouillard : un film dans l'histoire

Auteur : Sylvie Lindeperg

Date de saisie : 06/02/2007

Genre : Cinéma, Télévision

Editeur : O. Jacob, Paris, France

Prix : 29.00 € / 190.23 F

GENCOD : 9782738118684

Sorti le : 18/01/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

«C'est par le cinéma que je sus que le pire venait juste d'avoir lieu», écrivait le critique Serge Daney. Plus précisément, grâce à Nuit et Brouillard, le film d'Alain Resnais sorti en 1956.

Walter Benjamin incitait l'historien à «découvrir dans l'analyse du petit moment singulier le cristal de l'événement total». C'est ce que propose Sylvie Lindeperg dans cette microhistoire du court-métrage qui a marqué profondément notre imaginaire des camps nazis.

À partir d'archives inédites, elle reconstitue la genèse et les enjeux du film. Elle s'interroge sur les lectures et les usages, parfois inattendus ou contradictoires, dont Nuit et Brouillard a fait l'objet en France comme à l'étranger. Elle retrace le destin singulier de ce «lieu de mémoire» en suivant l'évolution des regards portés sur les images et sur l'événement depuis cinquante ans.

Elle pose, dans toute son actualité, la question du rapport entre l'archive et la représentation des camps.

Sylvie Lindeperg, historienne, est maître de conférences à l'université Paris-III-Sorbonne. Elle a publié Les Écrans de l'ombre. La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français (prix Jean-Mitry de l'Institut Jean-Vigo) et Clio de 5 à 7. Les actualités filmées de la Libération.




  • La revue de presse Thomas Wieder - Le Monde du 2 février 2007

L'angle adopté par l'historienne est passionnant. Il consiste à étudier le film comme un "lieu de mémoire" où se cristallisent les tabous d'une société. Tabou de la collaboration, d'abord, avec ce fameux képi appartenant à un gendarme français, que la censure obligea Resnais à gommer sur une photo du camp de Pithiviers. Tabou du génocide, aussi. Le film témoigne d'une époque où la figure du "déporté résistant" tendait à occulter la singularité de la déportation raciale. Bien que les images relatives à la Shoah y soient nombreuses, le mot "juif" n'est prononcé qu'une seule fois dans le commentaire. Ce qui n'empêchera pas des générations de professeurs d'histoire d'utiliser Nuit et Brouillard comme une illustration d'un cours sur la destruction des juifs d'Europe...



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

«Auschwitz fait désormais partie de l'histoire du cinéma, me dira-t-elle, et ce constat pourrait sembler terrifiant. Mais l'accablement, la terreur, loin d'Auschwitz dans l'espace, et de plus en plus loin d'Auschwitz dans le temps, seront là pour toujours et tout près, dans le film d'Alain Resnais, Nuit et Brouillard. Pour Gabriela, ses grands-parents - comme mes parents - ont achevé leur vie là, dans ces lieux que montre le film, et très exactement dans le film.»
Pour l'héroïne des Angles morts, Auschwitz est l'endroit où «Nuit et Brouillard a été tourné» ; devenu oeuvre de sépulture, le film d'Alain Resnais contient le lieu même d'un effacement, «d'une ruine, malgré tout préférable à la disparition».
La parution du roman d'Alain Fleischer a coïncidé avec mon premier voyage en Pologne, sur les traces de Nuit et Brouillard : une intervention sur ce film à Lublin suivie par la visite, en compagnie de chercheurs français et polonais, des camps de Majdanek et d'Auschwitz-Birkenau. En septembre 1955, Resnais et son équipe avaient tourné dans ces lieux en compagnie des historiens Henri Michel et Olga Wormser. Cette dernière connaissait bien les sites de Pologne pour s'y être rendue dès mai 1946, dans l'espoir de retrouver la trace des déportés de France. Lorsqu'elle avait franchi le portail d'Auschwitz, Olga Jungelson (qui deviendra Wormser) avait essayé de «voir» le camp «avec leurs yeux». Car tout regard porté dans l'après-coup sur ces lieux, fût-il le premier, est déjà le fruit d'une sédimentation des visions en même temps qu'il signale leur différence irréductible : la ligne de temps est infranchissable, qui sépare les victimes de la tragédie de ceux qui vinrent après. Olga Wormser était retournée en Pologne avec Henri Michel, en mai 1955, pour la commémoration du dixième anniversaire de l'ouverture des camps. Les historiens portaient alors en eux Nuit et Brouillard, ce film en devenir qu'ils avaient initié : une visite de «repérage» avant le moment d'élucidation où Resnais arpenterait les sites et inventerait une forme pour se tenir devant l'événement. Presque cinquante ans plus tard, parcourant à mon tour les camps de Majdanek, Auschwitz et Birkenau, lieux de l'extermination et du tournage de Nuit et Brouillard, j'éprouvais un sentiment dédoublé de découverte et de reconnaissance, la sensation de voir avec et après ceux qui m'y avaient précédée...


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