Auteur : Svetislav Basara
Traducteur : Gabriel Iaculli | Gojko Lukic
Date de saisie : 23/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Prix : 13.00 € / 85.27 F
GENCOD : 9782922868524
Sorti le : 25/01/2007
Un écrivain venu d'un "pays merdique" à qui il arrive de se prendre pour une mouche, un évêque hollandais égaré dans un rêve, un officier russe devenu lama, un journaliste américain, correspondant d'un journal éteint depuis belle lurette, un mort-vivant français au passé lubrique et un psychanalyste italien tiennent leurs colloques au bar de l'hôtel Gengis Khan à Oulan-Bator, en Mongolie, où la vodka coule à flots. Svetislav Basara, l'écrivain le plus incontrôlable de la littérature serbe d'aujourd'hui, nous livre ici un conte philosophique hilarant où la seule certitude est qu'il n'y en a aucune.
Son guide n'est pas un guide, sa Mongolie pourrait être un décor en carton-pâte : dès les premières pages de Guide de Mongolie, le roman de Svetislav Basara surligne les indices d'un conte philosophique, trempé à l'eau-de-vie et semant de puissants effluves d'absurde balkanique. En un peu plus de cent pages, souvent euphorisantes, il convoque la transmigration des âmes, Confucius, saint Thomas d'Aquin ou l'Otan pour se moquer de lui-même, de son érudition comme excès de bagage, de son nihilisme de paresseux et des illusions qui poussent à changer d'horizon pour se fausser compagnie...
Mais personne n'a de leçon à donner, ni à recevoir - telle serait la morale de ce conte. L'érudition de Svetsislav Basara est une joyeuseté, la métaphysique et la théologie sont une bulle de savon, qui éclate, comme toutes les certitudes, comme dans Le Miroir fêlé, précédent roman traduit en français, dans lequel le héros se rend compte que l'homme ne descend pas du singe mais du néant et que, par conséquent, il n'existe pas. Avec Svetislav Basara, l'homme est toujours sur le point de ne pas exister. Né en 1953, il est avec Vladmir Tasic et David Albahari l'un des auteurs serbes majeurs, qui, réfléchissant sur l'effacement de l'individu et des nations, tracent, avec sûreté, leur place parmi les grands de la littérature européenne.
Hôtel Gengis Khan, Oulan-Bator, Mongolie, une nuit. Le bar, décati, tendance postsoviétique, est un repère d'épaves, gens d'outre-monde échoués là, eux-mêmes ne savent par quel hasard. Apparaissent (dans le désordre) un évêque hollandais sous perfusion alcoolisée, amateur de poissonneries et de bordels ; un ex-officier russe devenu lama ; un reporter américain envoyé spécial d'un journal qui n'existe plus ; une racaille libidineuse échappée d'un livre du marquis de Sade ; un docteur italien disciple de Jung ; la belle Charlotte Rampling en état d'hibernation qui fait de l'oeil à ses comparses ; et enfin Svetislav Basara lui-même, auteur de cet hymne à la déjante intitulé Guide de Mongolie. Basara y joue le narrateur et acteur, journaliste foireux et écrivain miteux. La littérature en général, et la sienne en particulier (six de ses livres sont traduits en français), en prend pour son grade. Il se met en scène, s'arrêtant d'écrire rien que pour provoquer le lecteur (voir s'il suit), rêve de pondre un roman d'amour d'au moins dix mille pages, et se ressert quelques verres afin de reprendre ses esprits... Guide de Mongolie a été écrit en 1992, pas vraiment en temps de paix donc, dans ce bout d'Europe centrale. Et c'est plutôt un «antiguide» contre le conformisme, le crétinisme. Basara est à la littérature ce que Kusturica est au cinéma : un fou, un génie, un libertaire, un amuseur, un effronté, un sentimental. Un électron libre dans la fournaise qui nous sert d'humanité.
Le nom de la pluie
Cette année-là, année du dragon de fer selon le calendrier chinois, si le printemps avait été vieux jeu, l'été fut extravagant. Il neigea deux fois en juillet, une fois le jour ne se leva point, et la nuit dura ainsi quarante-huit heures. Tout alla à l'avenant, jour après jour. Il ne se passait rien. Pas plus que les années précédentes, où les étés s'étaient pourtant montrés plus convenables. Les petits caprices des cieux n'étaient là que pour masquer un vide désespérant. Je me disais : le moment venu, je n'aurai rien sur quoi écrire, si bien que mon prochain livre, comme les précédents, d'ailleurs, sera bourré de solitude, d'ennui et de néant. Peut-être ne me disais-je pas cela, mais rassemblais-je en fait des matériaux pour mes proses futures : tas de dégoûts, monceaux de peurs, grosses bennes débordant de sentiments d'échec et d'hébétude - toute cette matière rabâchée des narrations modernes. Mais je ne notais rien. Dieu m'en est témoin.
Soudain s'est présenté un motif intéressant. C'est un ami, N. V., qui s'est chargé de me le fournir. Il s'est suicidé. D'une manière classique : une centaine de barbituriques et les veines ouvertes. Mais cela ne faisait pas encore une histoire. Qu'y avait-il d'étonnant à ce que l'un de mes amis se fût suicidé ? Il ne se passe pas d'année sans qu'il y en ait deux ou trois qui mettent fin à leurs jours. Il y avait tout de même quelque chose dans l'air. Je suis allé à l'enterrement, j'ai subi encore une fois le spectacle de l'effort déployé par l'assistance en vue de revêtir de dignité cette chose répugnante que sont la mort et l'enfouissement du cadavre; m'étant assuré cette fois encore que ce genre de tentative aboutit à l'échec, je suis parti avec l'intention de rentrer chez moi.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli